Botswana / Le B.A.-BA

Un revenu par habitant parmi les plus hauts d’Afrique, l’un des pays les moins corrompus d’Afrique, une administration démocratique stable, des systèmes d’éducation et de santés avancés… Sous protectorat anglais jusqu’en 1966, le Botswana faisait partie des 25 pays les plus pauvres au monde. En cinq décennies d’indépendance, ce pays aux 3 habitants par km2 est devenu l’un des plus prospères du continent. En cause ? La découverte d’un sous-sol riche en diamants représentant 80% de ses exportations. Aujourd’hui, cette richesse est menacée par la sur-dépendance du secteur minier et des difficultés à diversifier l’économie. Le Botswana fait aussi face à l’épidémie de VIH qui touche 25% de sa population selon l’OMS et fragilise sa force de travail. Dès lors, l’entrepreneuriat apparaît comme l’un des vecteurs de diversification et de croissance le plus important.

Bref aperçu du Botswana sous le prisme des femmes.

Photograph by George Steinmetz

La société botswanaise s’est depuis toujours construite sur des attitudes patriarcales. La femme y a longtemps été considérée comme un enfant sur lequel grands frères, oncles et hommes de la famille du mari avaient le contrôle. Depuis une dizaine d’année, les politiques en matière d’égalité femme-homme évoluent mais le changement des mentalités se fait long. Le droit coutumier, toujours très présent dans les zones rurales, perpétue l’application de dispositions discriminatoires.

Ce tiraillement entre droit coutumier et droit commun s’illustre notamment à travers le droit à l’héritage : depuis 2007, le droit commun abolit le pouvoir marital selon lequel l’homme est le seul à pouvoir gérer une propriété (Marital Power Act). Il défend aussi depuis 2012 le droit d’hériter des femmes au même titre que les hommes. Pourtant, au nom du ngwa ketse (le droit coutumier), la famille du mari décédé a le droit de mettre la veuve dehors pour reprendre les terres. Celle-ci devra alors prouver la falsification des documents faits par la famille du mari, bien souvent peine perdue en zone rurale…

De même, le Domestic Violence Act voté en 2008 qui pénalise les violences domestiques basées sur le genre ne transgresse pas le droit coutumier. Seulement 1,2% de femmes déposent plainte contre violences conjugales d’après le Women’s Affairs Department of Botswana.

La représentativité des femmes en politique reste également préoccupante. Lors des dernières élections générales, seulement trois femmes ont remporté un siège sur les 57 membres de l’Assemblée Nationale. 5% des femmes occupent des positions politiques, bien loin de l’objectif des 30% fixé par le bloc régional du Southern African Development Community.

Sur 18 ministres, seulement quatre sont des femmes. Parmi elles, Bogolo Kenewendo, plus jeune ministre du Botswana chargée de l’Investissement, du Commerce et de l’Industrie qui a récemment parrainé une motion visant à faire passer l’âge du consentement sexuel au Botswana de 16 à 18 ans. Unity Dow aussi, Ministre chargée des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale et première femme à devenir juge de la Haute Cour. En se portant partie civile dans une affaire autorisant les enfants à obtenir la nationalité dont seule la mère était de nationalité botswanaise, Unity Dow a joué un rôle considérable dans l’abrogation de la loi selon laquelle seuls les descendants d’un père botswanais obtenaient la nationalité.

En l’espace de 50 ans, le Botswana est devenu l’un des plus remarquables exemples de réussite économique en Afrique subsaharienne, principalement grâce à l’exploitation du diamant. Mais jusqu’à quand ? Le déclin de la demande en diamants et la chute des prix urgent le Botswana à diversifier son économie avec environ 20% de la population au chômage. L’économie botswanaise est aussi touchée de plein fouet par le VIH/SIDA. En effet, la population en âge de travailler étant également la plus active sexuellement, elle est la plus sensible au virus : d’après la Banque mondiale, avec un taux d’infection proche des 40% en 2005, la taille de la population active en 2015 fut plus de 30% inférieure à ce qu’elle aurait pu être dans un scénario sans VIH.

L’entrepreneuriat est l’un des facteurs de diversification et de croissance le plus important au Botswana. Une étude de la Banque Mondiale montre que le Botswana a la plus haute densité de nouvelles entreprises enregistrées en Afrique : 13,11 nouvelles entreprises enregistrées pour 1000 adultes. Et les femmes jouent un rôle important dans cette mutation : 34,5% des entrepreneurs sont des femmes. Il s’agit du deuxième taux le plus haut d’Afrique après l’Ouganda d’après le Mastercard’s Index of Women Entrepreneurship.

Dans le secteur formel également, les chiffres s’améliorent pour les femmes : selon le rapport publié en 2017 par Grant Thornton, 31% des postes de direction sont assurés par une femme contre 23% en 2016. Le pourcentage des entreprises qui ne comptent aucune femme parmi leurs cadres dirigeants a été réduit à 6%.

Malgré tout, les ménages dirigés par des femmes demeurent plus exposés à la pauvreté que ceux dirigés par des hommes. En effet, les femmes ayant davantage de personnes à charge, leur accès aux emplois bien rémunérés se fait fait plus difficile et elles dépendent davantage des versements et transferts de fonds. Il s’agit d’une préoccupation importante lorsque l’on sait qu’au moins 55% des ménages du Botswana sont dirigés par des femmes (Women’s Affairs Department, 2018).

De l’enseignement primaire au tertiaire, le Botswana est l’un des rares pays africains où le taux d’inscription des filles est supérieur à celui des garçons. Au niveau primaire, environ 87% d’enfants sont scolarisés, filles comme garçons. Dès l’enseignement secondaire, les filles se font plus nombreuses : 66% des filles contre 57% des garçons. Dans les études supérieures, 29% des filles sont inscrites contre 20% de garçons d’après les statistiques de l’UNICEF et de l’UNESCO.

Les barrières à la poursuite et la réussite des études pour les femmes restent cependant les mêmes que dans d’autres pays : accès aux serviettes hygiéniques, violences sexuelles, grossesses précoces. De plus, la séropositivité étant très présente dans le pays, elle multiplie le nombre d’orphelins (40% des orphelins sont âgés de 12 à 17 ans) et augmente les responsabilités des filles au foyer – les privant souvent de la possibilité d’aller en classe et de faire de bonnes études.

Le Botswana est l’un des pays avec le plus fort taux de séropositivité au monde. D’après l’OMS, 25% de la population du Botswana serait atteinte du sida. Et les femmes en sont les premières victimes : 57% des personnes infectées par le virus sont des femmes d’après une étude d’Onusida. Cette même étude montre que plus de 40% des femmes infectées par le virus l’ont été par un partenaire masculin plus âgé qui leur offrait de l’argent et des cadeaux en échange de relations sexuelles.

D’autre part, le fléau des violences basées sur le genre continue de constituer l’une des formes de violation des droits de l’hommes les plus répandues dans le pays. D’après le Women’s Affairs Department of Botswana, près d’un tiers des femmes déclarent être victimes de violences conjugales sur la dernière année. 67% disent avoir été victimes de violences au cours de leur vie. En contraste, seulement 1,2% des femmes ont déposé une plainte à la police.

Au Botswana, la femme s’achète. Les femmes ne sont considérées comme mariées et leurs enfants comme légitimes que lorsque leur famille a reçu le bogadi, le paiement matrimonial. Lorsque l’homme n’a pas les moyens de payer, soit il attend d’économiser avec le risque qu’un autre ne paye le bogadi, soit il paye à crédit en s’arrangeant avec la famille. Cela peut être si humiliant pour la femme qu’elle préférera parfois donner l’argent à l’homme. Le prix du bodagi varie en fonction de l’éducation de la femme et de la richesse de sa famille. Il est aussi largement abaissé lorsque la femme est divorcée ou pire, qu’elle est déjà mère.

Quelques avancées sont tout de même à noter : un âge du consentement élevé de 16 à 19 ans depuis 2018 ainsi qu’une décriminalisation de l’homosexualité depuis 2019. Le texte en vigueur depuis 1965 prévoyait jusque-là des peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison.

Le passé artistique et culturel du Botswana remonte aussi loin que la dizaine de milliers d’années d’histoire du peuple San (aussi appelés Bushmen). Menacé par l’intégration progressive des dernières communautés San, leur sens esthétique continue malgré tout d’inspirer les artistes botswanais modernes.

Parmi les traditions ancestrales San, on retrouve la danse qui unie hommes et femmes. De nature festive, elle sert à célébrer une chasse réussie ou un heureux événement. Ces danses, rythmées aux chants des femmes et aux « clics » des hommes qui prennent des airs de transe, content toujours une histoire : celle de la chasse d’une antilope par un lion, d’une hyène jalouse, d’un babouin joueur, etc.

Dans les villages d’Etsha et de Gumare au nord du Botswana, les femmes Bayei et Hambukushu sont réputées pour leur talent à tresser des paniers à partir de la fibre de palmier Mokola et de colorants locaux. Ces paniers servent au stockage de la nourriture, au transport d’objets sur la tête ou encore à vanner le grain battu.

L’émergence de nouveaux courants artistiques viennent bousculer les codes à l’instar des Maroks, des fans de heavy metal. Ces reines du heavy metal revendiquent leur appartenance à cette communauté comme un exutoire face au patriarcat (cf vidéo ci-dessous).

Sur la scène littéraire, il est indispensable de mentionner Unity Dow. À la fois juge et romancière, ses œuvres Far and Beyond (2000) et Juggling Truths (2003) lui valent une notoriété internationale. Elle y souligne les batailles de la société botswanaise contemporaine : tiraillement entre tradition et modernité, ascension progressive de la gente féminine, développement de l’industrie touristique, déclin des coutumes locales, baisse du chômage, etc.

Sources

France Diplomatie
UNICEF
UNESCO
UN Women
Banque Mondiale
Women’s Affairs Department of Botswana
Mastercard’s Index of Women Entrepreneurship

Articles

Courrier International, Vu du Botswana. Les règles c’est la honte (2016)
Fanny Chabrol, Prendre soin de sa population. Le sida au Botswana, entre politiques globales du médicament et pratiques locales de citoyenneté (2012)
Mqondisi Dube, Botswana Battles Declining Number of Women in Politics (2019)

Bibliographie

Unity Dow, Far and Beyond (2000)
Unity Dow,  Juggling Truths (2003)

Filmographie

Edward Zwick, Blood Diamond (2006)
Amma Asante, A United Kingdom (2017)

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