Côte d'Ivoire / Le B.A.-BA

Akwaba, bienvenue en Côte d’Ivoire ! Traditionnel B.A.-BA pour mieux appréhender les interviews des femmes ivoiriennes.


Commençons d’abord par un petit récapitulatif de l’histoire de la Côte d’Ivoire. D’abord sous protectorat français en 1843, la Côte d’Ivoire devient officiellement une colonie française en 1893. En 1960, le pays acquiert son indépendance sous le commandement de Félix Houphouët Boigny, premier président de la République. Grâce à sa production de café et de cacao, la Côte d’Ivoire devient rapidement l’une des plus grandes économies d’Afrique de l’Ouest avec un taux de croissance exceptionnel jusqu’à la crise économique de la fin des années 1970. À partir de 1990, le pays fait face à des périodes de turbulences sur le plan social et politique qui se décuplent à la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993. Une nouvelle constitution est adoptée en 2000 et Laurent Gbagbo est élu au pouvoir, déclenchant une crise politico-militaire en 2002. Plusieurs accords de paix mènent finalement à l’élection présidentielle d’Alassane Ouattara en 2010, ensuite réélu en 2015. En 2016, une nouvelle constitution a été adoptée, initiant ainsi la Troisième République. Le pays est désormais dans l’attente de ses prochaines élections fin 2020.

Quelle place occupe les femmes dans ce contexte ? La Côte d’Ivoire se place en 170e position selon son indice de développement humain de 2018. D’après le classement mondial sur l’égalité des genres établit par l’ONU, la Côte d’Ivoire se classe 171ème sur 188 pays. La Banque africaine de développement le classe 43e sur 52 pays africains en termes d’égalité des genres.


La Côte d’Ivoire a la deuxième croissance économique la plus rapide du continent, après l’Ethiopie. Et pourtant, si la Côte d’Ivoire parvenait à réduire les discriminations actuelles à l’encontre des femmes sur le marché du travail pour atteindre le niveau des champions africains (Tanzanie, Rwanda, Malawi), le pays pourrait engranger 6 milliards de dollars supplémentaires, soit près de 15% de son PIB actuel.

L’économie ivoirienne est principalement basée sur l’agriculture qui occupe 65,8% de la population active et 67% de la main d’œuvre féminine. L’Institut national de la statistique a montré que 60 à 80% de la production alimentaire est assurée par les femmes. Pour autant, malgré cette implication considérable des femmes dans l’agriculture, elles restent bien souvent spoliées par les mécanismes traditionnels d’héritage. Dans le secteur tertiaire (commerce, service, administration), on dénombre 41% d’hommes et 59% de femmes mais ces dernières opèrent principalement dans l’informel.

Dans le monde des affaires, les femmes ne comptent que pour un quart des nouvelles entreprises enregistrées au Centre de promotion des investissements. Dans les sphères décisionnelles économiques, elles demeurent très peu représentées. Ainsi, d’après une étude de la Banque Africaine de Développement, la Côte d’Ivoire serait l’un des pays où les femmes sont les moins représentées au sein des conseils d’administration en Afrique avec un taux de représentation de 5,7%.

Constat peu étonnant : les Ivoiriennes touchent en moyenne un salaire à peine égal à la moitié de celui des hommes d’après la Banque Mondiale.


La constitution ivoirienne prévoit que 30% des postes électifs et de décision reviennent à des femmes. Dans les faits, on est loin du compte avec 7 femmes sur 36 au gouvernement, 29 femmes sur 255 à l’Assemblée Nationale, 15 femmes maires sur 200 et une seule femme présidant l’un des 31 conseils régionaux ivoirien.

Cette sous-représentation s’explique par le poids des traditions : il demeure difficile de « contester la supériorité d’un homme » comme le rappelle une pensionnaire de l’Assemblée nationale dont les parents de son mari ne comprennent pas qu’elle puisse se présenter contre un homme. Victimes de harcèlement, d’agressions, d’intimidation, de violences sexuelles et physiques, les femmes sont régulièrement poussées à se retirer des processus électoraux (d’après une étude du National Democratic Institute, 2017). Autre obstacle de taille, la question financière. Les femmes disposent généralement de ressources financières limitées pour entrer en politique et les banques sont moins enclin à prêter de l’argent, craignant qu’elles n’échouent. En 2011, le gouvernement ivoirien a alloué 1 million de francs CFA (1 500 euros) à toutes les candidates aux élections législatives, une somme bien en-deçà du coût d’une campagne estimée entre 20 et 200 millions de francs CFA.

En 2019, une réforme de la loi concernant le mariage a permis de renforcer le droit des femmes. Alors que jusque-là, le mari était le seul administrateur des biens communs, ils sont désormais administrés par l’un ou l’autre des époux. Jusque-là, les veuves étaient souvent discriminées par certaines belles-familles. De plus, le mariage n’est plus autorisé avant l’âge de 18 ans alors que le procureur était jusque-là apte à accorder des dispenses pour certains motifs.


En 2018, on dénombre plus de 197 500 filles n’allant pas à l’école primaire contre 44 000 garçons. Seulement 2 % des filles issues de familles pauvres en milieu rural peuvent espérer terminer leur cycle d’enseignement secondaire, contre 49 % des garçons urbains riches (selon l’Agence Française de Développement, 2018). Le taux d’alphabétisation des jeunes femmes de 15 à 24 ans est de 53%, 63% pour les hommes dans la même tranche d’âge. Une des principales raison à ces résultats est la grossesse : un tiers des adolescentes âgées de 19 ans ayant déjà eu au moins une grossesse d’après la Banque Mondiale.


La scène culturelle ivoirienne est très marquée par les femmes artistes, qui se sont engagées dans la promotion des créations et talents ivoiriens au niveau national et international. Parmi les pionnières, on compte Simone Guirandou, reconnue au-delà des frontières ivoiriennes. Historienne de l’Art, son rôle dans la vulgarisation et la promotion de l’art, notamment à travers la Louisimone Guirandou Gallery, a fait d’elle une figure incontournable de la scène culturelle contemporaine ivoirienne. Pour son rôle dans l’enseignement artistique, on peut également citer l’écrivaine, peintre, metteur en scène et actrice Wêrê Wêrê Liking, à l’origine de l’école Kiyi visant à promouvoir la profession de l’art. Une autre figure de proue de l’art ivoirien est la femme d’affaires et collectionneuse d’art Illa Ginette Donwahi, à l’origine de la très réputée Fondation Donwahi d’Abidjan, crée en 2008.

Laetitia Ky

Lorsqu’il s’agit de danse, on pense à la danseuse et chorégraphe Marie-Rose Guiraud, fondatrice de l’École de danse et d’échanges culturels (Edec) et de la mythique troupe «Les Guirivoires». Elle a joué un rôle considérable dans l’évolution de la danse traditionnelle qui s’est depuis imposée dans les zones urbaines.

Une petite dernière qui fait parler d’elle pour un tout nouveau type d’art : la jeune designer ivoirienne Laetitia Ky. Elle donne vie à ses cheveux afro les sculptant, en faisant ainsi de véritables porteurs de messages.


La sexualité en Côte d’Ivoire est très marquée par le phénomène de commercialisation du corps : monnayer ses charmes reste un moyen répandu de subsister pour les femmes. Autrefois cantonnées aux classes pauvres, ce phénomène touche désormais les jeunes femmes de classe moyenne, attirée par l’envie de s’acheter quelques articles de luxe. Le phénomène se développe aussi de plus en plus tôt comme le montre la mise en place de « tontine de sexe » dans des écoles d’Abidjan. Ainsi, des groupes d’adolescents lèvent régulièrement des fonds, qu’on peut estimer à environ 2000 FCFA par jour chacun, dans une caisse commune et à tour de rôle, un membre du groupe utilise l’argent récolté pour entretenir des rapports sexuels avec des filles de leur choix, souvent des filles de l’école. Du côté des filles, certaines se réunissent en groupe d’une dizaine de filles et chaque semaine, l’une d’elles est missionnée pour « se faire gentille » avec un homme aisé pour lui soutirer de l’argent qui sera ensuite partagé avec le groupe.

Plusieurs termes ivoiriens donne une idée de l’évolution des moeurs au regard de la sexualité. Ainsi, le terme mougoupan désigne la stratégie d’ordinaire masculine qui consiste à faire croire qu’on cherche une relation sérieuse et disparaître dès la première relation sexuelle consommée. Celui de « petite » désigne une jeune amante. La relation avec une « petite » se différencie de celle avec un « deuxième bureau », qui implique souvent durée et stabilité. Pour la petite, l’homme plus âgé est un « gourou », un « vié père » ou encore un « bèzoin ». `

On notera enfin que le taux de fertilité de la Côte d’Ivoire est l’un des plus importants au monde avec une moyenne de 4,9 enfants par femme. Or, une fois enceinte, les femmes souffrent d’un accès limité aux soins maternels, se répercutant ainsi sur le taux de mortalité maternelle du pays, 10 fois supérieurs à ceux des pays à revenus intermédiaires selon la Banque mondiale.


Aller plus loin

Bibliographie

Biot Kouao, Aka Kouadio et Viviane Froger Fortaillier, Arts au féminin en Côte d’Ivoire (2009)
Marguerite Abouet, Aya. 2005.

Filmographie

Philippe Lacôte, Run (2014)

Vidéos

Elles racontent leur harcèlement sexuel

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