Dieynaba Sidibe, la première graffeuse du Sénégal

Dieynaba Sidibe, plus connue sous le nom de Zeinixx, est la première femme graffeuse au Sénégal. Du dessin à la craie sur les murs de sa chambre à la peinture des murs de Dakar, Dieynaba n’hésite pas à escalader les échafaudages pour porter des messages forts : l’émancipation des femmes, l’écologie, le dépistage du cancer, le droit à l’éducation, et bien d’autres. Slameuse à ses heures perdues, « la folle des mots » n’en a pas fini de bousculer la scène hip hop sénégalaise.

Issue d’une banlieue pauvre de Dakar, j’ai eu une enfance plutôt modeste. Quand j’étais petite, je voulais devenir hôtesse de l’air. J’ai ensuite voulu devenir vétérinaire, puis médecin. Ma mère voulait que je devienne sage-femme ou infirmière.

Je suis devenue la première graffeuse du Sénégal.

Tout a commencé avec les bandes dessinées : je m’amusais à redessiner tous les personnages de mes BD. Quand j’ai découvert la peinture, je n’ai plus jamais pu m’en passer. J’avais besoin d’avoir d’être en contact avec la peinture, de la sentir sur mes mains. Plutôt que de m’acheter des vêtements ou du maquillage comme toutes les jeunes filles de mon âge, mon argent de poche servait à m’acheter des toiles, des pinceaux et de la peinture. Au fur et à mesure, j’ai commencé à faire des recherches sur internet. J’ai découvert Picasso et Leonard Da Vinci. J’étais impressionnée par tout ce qu’ils peignaient. Je voulais devenir Leonard. Je dessinais à la craie sur les murs de ma chambre quand j’ai découvert le graffiti à la télévision. C’était incroyable de découvrir ces personnes équipées de grosses chaussures et de bombes de peinture peindre de si grands murs. J’adorais faire des grands tableaux, j’aime avoir de l’espace pour m’exprimer.

J’avais découvert Africulturban qui se trouvait non loin de mon école. Africulturban est le tout premier centre de hip hop et de culture urbaine africaine au Sénégal. C’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à moi ! Je rencontre Graffixx, le graffeur de l’association. Il me forme et m’inculque la culture hip hop. Je lui rends toujours hommage aujourd’hui à travers mon nom d’artiste, Zeinixx : un mix de mon surnom d’enfance et de son nom.

Le graffiti est un milieu très masculin mais ça ne m’a jamais effrayée. Je n’ai pas peur de grimper les échafaudages pour peindre mes murs. Et les garçons m’accueillent très bien, nous avons un respect mutuel. Je ne me suis jamais sentie femme finalement, aucune différence n’a jamais été faite.

J’ai un style de graffiti très particulier : mouvement, coloré, fleuri, très féminin. On sait tout de suite qu’il s’agit d’un graffiti fait par une femme. Au Sénégal, le graffiti est toléré et on obtient régulièrement des autorisations pour peindre des murs car le graffiti est vecteur de messages forts. Et j’aime faire passer des messages. Je veux que mes graffitis fassent réfléchir. J’ai des causes qui me tiennent particulièrement à cœur comme la lutte contre les violences faites aux femmes. Je me sens très concernée par l’émancipation des femmes, je veux prouver qu’on peut investir de nouveaux milieux. Dernièrement, j’ai peint le mur de la prison des femmes. J’aime donner de l’espoir.

J’adore créer. Je fais du slam également. Depuis petite, j’ai toujours écrit. Lorsqu’on a étudié la poésie en classe, j’ai découvert que pour faire des rimes, il fallait faire des vers. C’est quelque chose que je n’ai jamais respecté. Mes rimes sont parfois en début de phrase et je me fiche de respecter des quatrains et autres. Vous l’aurez compris, je n’aime pas le conformisme. C’est à Africulturban aussi que j’ai découvert que ce que je faisais, c’était du slam. Africulturban abrite le premier club de slam du Sénégal. Actuellement, je travaille sur un album avec Sall Nagari avec qui je forme Le Duo.

Une autre de mes occupations est la récup’ : j’aime créer des objets de décoration à l’aide d’objets récupérés que je ramasse dans la rue. Je pense qu’on doit penser à un nouvel usage de nos objets. Parfois je les vends, parfois je les offre ou je les utilise moi-même.

Aujourd’hui, ma mère est rassurée. Je peux vivre de mon art ! Parfois, des associations ou institutions me payent pour peindre des murs. En parallèle, je suis chargée de communication d’Africulturban, ce qui me permet de sécuriser une source de revenus si mon art ne venait plus à plaire ! Je suis bien la preuve qu’il faut croire en ses capacités et ses rêves. Ne laissez personne faire vos choix à votre place.

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