Edition Egypte : Clap de fin

Nous terminons à présent notre chapitre Egypte. Avec cinq femmes rencontrées et bien plus dans notre vie quotidienne, nous avons découvert un pays tout en subtilité et en paradoxes, avide de redorer son image sur la scène internationale. Bilan.

Retours et réflexions sur l’Egypte

Avant de débuter, il nous faut tout de même préciser que l’échantillon de femmes que nous avons rencontrées et assez spécifique : il s’agit principalement de jeunes femmes de milieux plutôt aisés qui ont su se frayer un chemin dans l’économie égyptienne. Cela implique donc des retours de notre part forcément incomplets et spécifiques à la génération de femmes dont nous avons rencontré des représentantes.

Faire oublier le printemps égyptien

Une chose sur laquelle s’accordent toutes les personnes rencontrées en Egypte, que ce soient les femmes que nous avons interviewées ou celles rencontrées dans les trains, les bus, les restaurants, est que le printemps arabe en Egypte porte un goût amer. Nous avions souvent mis le sujet sur la table, interrogeant nos hôtes sur les conséquences de la Révolution, sur ses effets concrets sur la vie de tous les jours. Le désenchantement est prégnant dans les réponses : si les événements de 2011 ont au mieux, maintenu le statut quo, pour beaucoup il a déstabilisé le pays et fait fuir les capitaux étrangers. En effet, l’espoir intense amené par le mouvement collectif de soulèvement populaire a rapidement laissé place à un état de déception désabusée.

Et la situation des femmes dans l’équation ? Toutes insistent sur la nécessité de redorer l’image des femmes en Egypte, et cherchent absolument à apporter des nuances à l’image véhiculée par les médias étrangers. Elles s’entendent à dire que la situation des femmes a évolué pour le mieux dans la dernière décennie, avec plus de libertés, non pas accordées aux femmes, mais prises par celles-ci. Que ce soit dans les métiers qu’elles exercent (on le voit bien avec Ingy, première femme ingénieure maritime, qui a ouvert la voie à beaucoup d’autres femmes dans ces professions plutôt masculines) ; ou dans l’occupation de l’espace public (les rues, les plages, les cafés).

Un héritage puissant

Les égyptiennes aiment à nous rappeler leur héritage, celui de femmes puissantes, de femmes historiquement connues comme étant les plus émancipées au monde.

Lorsque l’on se plonge aux temps de l’Egypte Antique, la place des femmes y est surprenante de modernité : rares sont les civilisations antiques où les femmes occupent des rôles aussi importants que ceux occupés par les femmes égyptiennes, et en particulier celui de la fonction suprême, celle de pharaon. Nombreuses sont celles qui ont pris possession du trône, à l’instar d’Hatchepsout qui a pris la place de son neveu ou des Cléopâtre, dont la plus connue fut Cléopâtre VII. L’essence divine y est transmise à la femme, d’où le fait que la reine soit très liée au monde divin, associée à la divinité Isis. Cette essence divine la rend garante du trône : c’est à elle que revient la décision de faire monter un homme ou non sur le trône.

Raviver ces traditions antiques pour insuffler un souffle émancipateur, c’est ce que les femmes égyptiennes s’attellent à faire aujourd’hui. En remettant cet héritage au cœur de leur activité professionnelle (comme le font Ghada, les soeurs Abdel Raouf ou Suzanne) ou au cœur de leur philosophie de vie (Ingy particulièrement), les femmes égyptiennes donnent une dimension nouvelle à cette puissance ancienne.

Une jeunesse en quête d’identité

Finalement, ce que l’on retient du parcours de ces femmes d’exception, c’est l’absolue nécessité pour elles de se forger une identité propre. Il s’agit en effet pour elles de s’affirmer en tant que personnalités individuelles, tout en intégrant dans leur personage les éléments caractéristiques de leur éducation. Cela implique de joindre un héritage culturel très fort, teinté de reines pharaoniques et de dynasties puissantes, à une culture musulmane omniprésente (notamment dans le style vestimentaire), et à des touches d’occidentalisation portées par l’ouverture qu’Internet implique.

On se retrouve donc avec des personnalités et des expressions artistiques empreintes de différentes influences. On pourra citer la marque Okhtein, qui a pris pour parti de faire revivre l’artisanat millénaire égyptienne, adapté à la sauce moderne, et porté par les plus grandes stars occidentales. On pourra également mentionner Ghada Wali, qui à travers son métier de designer graphique, redonne une prestance à la langue arabe, à l’héritage laissé par les villes pharaoniques, tout en travaillant avec des marques telles que 7Up.

Au final, nous partons d’Egypte avec le sentiment d’en avoir à peine effleuré l’essence : nos interviews nous ont permis de toucher du doigt la réalité du pays, ses avancées et ses trépignements. Malgré tout, on retiendra surtout que les messages portés par ces hommes et ces femmes rencontrés dénotent du besoin profond de casser les idées préconçues sur l’Egypte et en donner une image positive. Un pays tout en paradoxes, comme nous le disions.

5 femmes, 5 philosophies


Aya et Mounaz Abdel Raouf

À 21 à peine, les deux soeurs ont lancé Okhtein, marque de sacs et accessoires qui s’inspire de l’artisanat traditionnel égyptien. Leur très grande ambition, couplée à leur débrouillardise ont fait d’elles des femmes d’affaires au sens stratégique affûté. 


Ghada Wali

Classée parmi les 30 designers les plus influents d’Europe par Forbes, Ghada est pionnière du design graphique en Egypte. Fière de son identité, elle célèbre et donne une place nouvelle à la culture arabe. Sincère dans son travail, elle est capable de délivrer des messages forts dans ses oeuvres.


Ingy Abdelkarim

Ingy est la première femme égyptienne à devenir ingénieure maritime. Par sa persévérance et son travail acharné, elle a réussi à intégrer une filière jusque-là inaccessible aux femmes. Maître de son destin, elle a refusé de se conformer aux règles.


Suzanne Wissa Wassef

Suzanne dirige le centre d’art Wissa Wassef qui accueille des enfants de milieux ruraux pour en faire des artistes. Dans ce microcosme, chacun est libre d’exprimer sa créativité et c’est cette philosophie qui essaime à travers le monde.


Heba Ali

Managing director d’Egypt Ventures, fonds de capital-risque visant à développer l’écosystème entrepreneurial égyptien, Heba a su se frayer un chemin dans un domaine naissant en faisant entendre sa voix et en s’étant forgé une expérience inégalable dans le secteur. 

Une réflexion sur “Edition Egypte : Clap de fin

  1. C’est très intéressant et bien réalisé! Bravo pour vos recherches, vos questions pertinentes et toute l’énergie que ce projet doit vous demander. Bonne chance pour la suite!

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