Ethiopie : le B.A.-BA

La Corne de l’Afrique, propulsée à multiples reprises sur la scène internationale pour ses guerres internes et les crises de famine, est désormais l’objet de toutes les attentions pour sa nouvelle présidente. L’arrivée d’une femme au pouvoir : une nouvelle lourde de symboles.

Un passé dominé par reines et impératrices

L’Ethiopie résonne des noms de reines et impératrices qui ont forgé son histoire. L’une des premières d’entre elles : La reine Yodit, l’une des premières femmes à s’être investie militairement en Ethiopie. Elle a notamment fait venir une première mission diplomatique portugaise qui permettra au pays de repousser les ottomans et égyptiens sur la côte. Les reines Seble Wongel ou Worqitu ont suivi, puis la plus connue de toutes, l’impératrice Taitu, femme de Menelik II. On dit qu’elle a mené un bataillon de 5000 soldats pendant la fameuse bataille d’Adwa. D’innombrables noms vaudraient la peine d’être mentionnés : la reine Itege Menen, la princesse Romanworq Haile Selassie, les régentes Workit et Mestayit…

Bref, les femmes éthiopiennes, historiquement, ont souvent occupé des positions de pouvoir, comme reines, comme guerrières… Mais cette présence féminine à des postes de premier plan ne s’est pas nécessairement retranscrite au jour le jour pour les femmes éthiopiennes. Elles n’avaient pas accès à la terre ni de droit de regard sur les finances de leur famille.

Une nouvelle impulsion politique féminine  

Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre Abiy Ahmed en avril 2018, un vent de réformes souffle sur le pays : la libération de détenus politiques, la libéralisation des médias et d’Internet, l’ouverture d’économies très contrôlées, des démarches de paix avec l’Erythrée, etc. Bref, un régime se libéralisant progressivement.

En termes d’égalité des genres notamment, le 25 octobre annonce une impulsion politique nouvelle avec la nomination de la première présidente éthiopienne, Sahle-Work Zewde. Bien que son poste soit essentiellement honorifique – le premier ministre ayant tous les pouvoirs – le symbole n’en demeure pas moins fort lorsque l’on sait que la dernière femme ayant exercé une fonction à la tête de l’Etat fut l’impératrice Sewditou, fille de Ménélik II de 1916 à 1930.

Cette nomination est complétée par celles de Aisha Mohammed Mussa en tant que ministre de la Défense et Muferiat Kamil en tant que ministre de la Paix. Il s’agit du premier gouvernement paritaire de l’histoire de l’Ethiopie, faisant du pays un nouvel exemple africain après le Rwanda. À ces postes s’ajoutent ceux de Meaza Ashenafi à la tête de la Cour Suprême et de Birtukan Mideska, présidente de la Commission électorale nationale éthiopienne.

Coup de publicité, geste purement symbolique de la part d’un premier ministre avide d’une reconnaissance internationale ou réelle tentative de changement positif pour l’Ethiopie ? Les prochains mois le diront, mais il ne faut d’ores et déjà pas sous-estimer la force de l’exemple et des symboles pour engendrer des changements réels pour les jeunes filles et femmes éthiopiennes.

Une société qui demeure très patriarcale

Et des changements, il en reste à faire. L’Ethiopie demeure une société très patriarcale où le discours sur l’égalité des genres y était encore inexistant il y a quelques années. C’est aussi une société majoritairement rurale où les traditions ancestrales subsistent.

La polygamie, bien qu’interdite, est toujours pratiquée. On peut citer le témoignage d’Ayatu Nure qui a fait le tour du pays : cet homme avait 12 femmes et 78 enfants dont il ne connaissait pas tous les noms, et il exhortait les éthiopiens de ne pas suivre son exemple, tant il avait du mal à nourrir et éduquer toute sa progéniture.

Le mariage forcé de mineures est également pratiqué dans les zones rurales, ainsi que les mutilations génitales (bien qu’interdites par la loi). La culture du viol est également très présente (près de la moitié des éthiopiennes sont victimes de violences de la part d’un partenaire). Quelques cas ont secoué l’opinion publique, notamment celui de Hanna Lalango, jeune fille morte à la suite d’un viol collectif en 2014.

L’évolution des mentalités y est aussi délicate : 4 femmes sur 5 considèrent qu’il est « légitime et normal » de se faire battre par son mari. Une évolution qui se fait d’autant plus lente de par un manque d’éducation : seulement 30% des adolescentes poursuivent jusqu’à l’enseignement secondaire, notamment pour des raisons de sécurité ou des considérations économiques.

Des évolutions encourageantes

Ces tabous se brisent progressivement grâce à de nouveaux mouvements féministes à l’instar de Setaweet ou Yellow Movement, de communautés telles que celle de Awra Amba qui prêchent l’égalité hommes-femmes, etc.

À noter aussi que dans la vie quotidienne, les femmes éthiopiennes conduisent, travaillent, se promènent seules, portent les vêtements qu’elles désirent. Policières, militaires, business women, elles occupent des postes jugés « masculins ».

L’Ethiopie donc, une des plus anciens pays indépendants du pays, avec un taux de croissance de 10,7% par an depuis plus d’une décennie, est un mystère à explorer en ce qui concerne les femmes qui le composent. De l’héritage puissant qu’ont laissé ses reines et impératrices aux traditions violentes à l’égard des femmes qui restent pratiquées en zone rurale, qu’en retiennent les éthiopiennes, et comment vivent-elles et prospèrent-elles ?

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