Gabon / Clap de fin

Clap de fin sur le Gabon. 9 rencontres exceptionnelles et mille conseils et leçons.

Les femmes que nous avons rencontrées

Marie Wilma Sickout Assele – Marie Wilma Sickout Assele est à la tête de la galerie Kay-Anne à Libreville. « De nationalité africaine, d’origine gabonaise », Marie Wilma promeut la diversité de l’art africain et donne un nouveau visage à la scène culturelle gabonaise. Après sept longues années de dépression, Marie Wilma a changé sa façon d’appréhender la vie, elle ambitionne désormais de faire évoluer les mentalités au sujet de la dépression en Afrique et de transmettre sa passion pour l’art en ouvrant une école.

Laure Sandro Kingbo – Pendant 7 ans, Laure Sandra Kingbo s’est investie dans la construction de la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon en tant que directrice adjointe. Lorsqu’elle a pris ce poste, l’institution n’existait que sur le papier. Aujourd’hui, la Caisse fonctionne parfaitement et elle est mondialement reconnue. Après avoir oeuvré pour le développement de son pays, Laure Sandra rêve désormais de travailler au-delà des frontières et de s’investir dans un organisme international pour répondre aux enjeux cruciaux auxquels le monde devra faire face prochainement.

Géraldine Robert – Le mystère Géraldine Robert… Son parcours est plutôt atypique : de la danse classique au volleyball en passant par l’athlétisme, Géraldine s’est retrouvée basketteuse professionnelle un peu par hasard. Élue meilleure joueuse de basket de la ligue féminine française en 2013, elle ne sera pourtant jamais sélectionnée en équipe de France. À 39 ans, Géraldine annonce sa retraite mais n’en finit pas d’oeuvrer pour le basket puisqu’elle s’est fixée le défi de former la nouvelle génération de basketteurs gabonais grâce à son association Yemaly. À quand la prochaine Géraldine Robert ?

Elise Eyang Obame – Sauver ses patients, c’est ce qui a toujours animé Elise Eyang Obame. Directrice depuis 2016 du CHU d’Owendo, elle a fait ses classes en tant que médecin de campagne à Gamba (à l’époque, sa voiture servait d’ambulance pour la zone). Son travail acharné l’a propulsée à la direction du centre hospitalier régional de Melen, où elle a fait face à des défis de taille, comme ouvrir des blocs opératoires ou des départements. Elle gère désormais un budget de 3,8 milliards de francs CFA et nous explique ses techniques pour gérer ses équipes et faire face à des médecins souvent caractériels.

Jessica Allogo – Alors qu’elle était cadre ingénieure sur les plateformes pétrolières de Total, Jessica Allogo s’est lancée dans la production de confitures. Depuis, elle est l’une des entrepreneures les plus en vue au Gabon en bousculant la vision que l’on a du Made in Gabon ! Un parcours fait de hasard, d’esprit aventureux, de débrouillardise et de passion que Jessica nous livre sans filtre.

Yonnelle Dea Moukoumbi – “Quand j’explique que je suis sélectionneuse, les jeunes me répondent : ‘ah vous choisissez les joueurs de foot !’ ». Yonnelle Dea Moukoumbi est sélectionneuse riz, et l’une des meilleures spécialistes du continent sur le sujet : elle est en train de créer une semence de riz qui soit adaptée à la culture gabonaise. C’est un enjeu de taille pour un pays qui importe des milliers de tonnes de riz alors qu’elles pourraient être produites localement. Yonnelle, lauréate de la bourse L’Oréal UNESCO pour les femmes et la science, nous explique son métier si particulier et dissémine ses conseils.

Gaëlle Bitéghé –  « Tombée dans la soupe de la finance » à 23 ans, Gaëlle Bitéghé a monté les échelons jusqu’à devenir Directrice Générale de la filiale gabonaise de la banque panafricaine Ecobank à 36 ans, faisant d’elle l’une des plus jeunes dirigeantes du continent. Elle est désormais retournée sur les bancs de l’école pour poursuivre un Executive MBA, et se confie sur les différents obstacles qu’elle a dû surmonter au cours de sa carrière, notamment pendant sa maternité : « les femmes ont des bébés, pas des lobotomies ». Une mine de conseils pratiques, merci Gaëlle !

Nadine Otsobogo – Nadine Otsobogo refuse les étiquettes et accumule les rôles. D’abord celui de maquilleuse, son premier métier : c’est une des figures du maquillage des peaux noires dans le monde de la mode et du cinéma. Puis celui de réalisatrice, avec des courts-métrages remarqués et récompensés plusieurs fois : l’Académie des Césars a retenu Dialemi parmi les 32 meilleurs courts métrages de 2013. Productrice aussi, avec sa propre boîte de production Djobusy. Mais le projet dont elle est le plus fière, c’est le Festival de Masuku, qu’elle a fondé en 2013 et qui accueille chaque année des réalisateurs du monde entier autour des thèmes de la nature et de l’environnement. Cette âme libre refuse de se laisser enfermer dans aucun de ces rôles et continue avec énergie de se frayer un chemin dans ce milieu difficile qu’est le cinéma.

Madeleine Edmée Berre – Madeleine Edmée Berre a un parcours plutôt atypique. Juriste de formation, elle a derrière elle une longue expérience dans le conseil avec 10 ans chez PwC et 13 années chez Deloitte où elle atteint le poste de directrice générale. En 2013, elle devient la première femme élue à la tête de la Confédération Patronale Gabonaise, représentant plus de 350 entreprises. En 2015, elle est débauchée par l’Etat pour occuper le poste de Ministre du Commerce alors qu’elle n’a jusque-là jamais exercé dans le secteur public. Un rôle qu’elle honore avec brio, reconduite d’année en année depuis maintenant 4 ans. Elle est aujourd’hui à la tête du Ministère de l’Emploi, de la Fonction Publique, du Travail , de la Formation Professionnelle, chargée du Dialogue Social.

Retours et réflexions sur le Gabon
Participer à la construction de son pays : un impératif

Un point commun que nous avons noté entre toutes les femmes rencontrées au Gabon est leur besoin profond de contribuer au développement de leur pays. Que ce soit Marie Wilma, qui espère contribuer à l’émergence d’une génération d’artistes panafricains et pousser les gabonais à apprécier sa culture au même titre que les occidentaux. Que ce soit Laure Sandra Kingbo, en construisant de nouvelles institutions comme la Caisse des Dépôts et des Consignations. Ou Géraldine Robert, qui souhaite apporter plus de représentation du Gabon dans le sport au niveau mondial, notamment avec son association Yemaly qui offre des camps de basket gratuits aux jeunes gabonais.

Ou encore Yonnelle Dea Moukoumbi, qui avec sa nouvelle semence de riz made in Gabon espère participer à l’indépendance alimentaire du pays. C’est le Made in Gabon qui anime également Jessica Allogo, en lui apposant une image moderne et désirable avec ses confitures Les Petits Pots de l’Ogooué. Comme le disait Géraldine, « quand tu as un pouvoir, tu as aussi un devoir ». Et ce devoir, c’est celui d’accompagner la nouvelle génération sur la même pente que la nôtre, les pousser à être novateurs et ambitieux.

La maternité : une réalité professionnelle complexe

Toutes les femmes rencontrées s’accordent également à dire que la maternité a été une étape extrêmement complexe à manoeuvrer. Marie Wilma a arrêté ses études pour pouvoir financer l’éducation de ses enfants par exemple. Laure Sandra Kingbo explique qu’elle a dû organiser son emploi de temps de façon à pouvoir rentrer à temps pour mettre ses enfants au lit, puis recommencer à travailler depuis chez elle, un planning ereintant sur le long-terme.

Certaines ont eu à faire des choix contre-intuitifs, comme Jessica Allogo qui est partie s’expatrier à plusieurs reprises à l’étranger seule avec un enfant en bas âge, et qui travaillait sur des plateformes pétrolières plusieurs semaines d’affilées. Géraldine Robert affirme qu’un de ses regrets est de n’avoir pas pu voir son fils grandir à cause de sa carrière de basketballeuse, qui exigeait d’elle une attention complète et entière.

Gaëlle Bitéghé insiste sur le changement amené par la maternité dans sa prise de décision : pour elle, ce sont de nouvelles inconnues qui rentrent dans son arbre de décision, elle n’est plus seule. Et cela exige d’elle de se projeter à plus long terme, sur 15-20 ans plutôt que 5 ans. Pour Gaëlle, les femmes paient toujours le fait d’avoir des enfants, surtout à des postes élevés. Et pourtant, « les femmes ont des bébés, pas des lobotomies! ». Leurs compétences ne sont pas amoindries. Madeleine Berre la rejoint, la grossesse n’est pas un facteur de non-productivité : « un enfant, c’est dans le ventre, pas dans la tête ». Pour elle, la clé de l’équilibre réside dans le fait qu’une mère n’est pas le seule parent : il faut s’entourer, avoir un système de support solide pour s’en sortir. Apprenons à jouer les équilibristes entre travail et famille, tout en ne donnant pas l’impression de trop courir.

Un management féminin ?

A la question que nous nous posions souvent, existe-t-il un leadership féminin ?, les réponses sont ici aussi très mitigées. Laure Sandra estime que les femmes ont tendance à être plus empathiques, et inspirer plus de confiance, ce qui les sert plus que la dureté sur le long-terme. Elle raconte qu’elle a souvent été testée, by-passée, et que sa méthode la plus efficace était de prendre le taureau par les cornes, passer par des conversations honnêtes plutôt que par des démonstrations de muscles pour régler des différends. Jessica affirme qu’il ne faut pas chercher à revêtir des attributs masculins : justement, les milieux masculins sont en attente d’avis féminins. La diversité est bénéfique, il faut capitaliser dessus.

Cependant, pour Gaëlle et Madeleine, on est souvent la seule femme autour de la table, et il faut s’avoir s’imposer et ne pas se laisser marcher sur les pieds. La seule solution ? Parler le même langage, celui de la compétence. Quand une femme prend la parole, la première chose que l’on voit, c’est sa féminité. A elle de passer cette étape et faire parler la compétence. Yonnelle Dea Moukoumbi nous expliquait qu’elle avait choisi les différentes étapes de son parcours de façon à avoir les outils nécessaires pour asseoir sa compétence : que personne ne vienne questionner ses capacités, c’était son but. Gaëlle aussi avait une réflexion similaire : elle avait construit son parcours dans l’optique d’ajouter des cordes à son arc, les unes après les autres, et disposer de toutes les compétences nécessaires pour assumer des rôles plus importants.

Quelques conseils

Deux conseils ont été martelés tout au long de nos rencontres africaines, et le Gabon ne fait pas exception. Il y a deux ingrédients à la réussite : le travail et la détermination. Elise Eyang le dit : vous rencontrerez souvent des réactions auxquelles vous ne vous attendiez pas, vous perdrez même des amis en chemin, mais votre détermination fera que vous avancerez dans la bonne direction.

Il en va de même quand il s’agit de construire son plan de carrière : Gaêlle conseille de faire des états des lieux réguliers de sa situation : est-on dans une zone de confort ? Et d’intégrer ses échecs en les décortiquant pour mieux comprendre les mécanismes qui nous ont empêché de réussir. Elle conseille également de réviser ses ambitions non plus en termes de poste visé, mais d’impact. Quel impact est-ce que je souhaite avoir dans 5 ans ?

Le dernier conseil nous viendra de Madeleine : ne cédez jamais aux sillons de la séduction qu’on peut parfois voir en entreprise ou dans le milieu professionnel. On ne réussit pas avec son sourire mais avec ses compétences. Ayez la rigueur du travail bien fait et soyez jugées pour votre professionnalisme plutôt que pour votre genre. Soyez éthiques avant tout.

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