Gabon / Le B.A.-BA

Place au Gabon désormais. Tour d’horizon de ce pays d’Afrique Centrale, accueillant un peu plus de deux millions d’habitants et une cinquantaine d’ethnies.

Gabon : les bases sur les conditions des femmes

Petit tour d’horizon de son passé tout d’abord. Le Gabon est composé de plus d’une cinquantaine ethnies, les principales étant les Fang, le Mpongwè, Mbédé et les Punu. Le pays a été colonisé par les Portugais en 1472, et c’est en 1870 qu’il passe aux mains des Français : pendant trois siècles, la traite des esclaves entre tribus côtières et marchands européens s’entretient.

En 1960, le pays accède à l’indépendance, et c’est Léon M’Ba, exilé pour avoir critiqué le régime colonial français, qui revient pour devenir le premier président de la République Gabonaise. Il est remplacé à sa mort par son vice-président Albert Bernard Bongo en 1967. Celui-ci se convertira dans les années 70 à l’islam pour devenir Omar Bongo. Le pays fonctionne sous un système d’Etat à parti unique, avec le PDG (Parti Démocratique Gabonais) comme parti au pouvoir jusqu’en 1990 où il s’ouvrira au multipartisme suite à une forte pression de la population. C’est désormais Ali Bongo Ondimba, le fils d’Omar, qui dirige le pays.

Mais comment se situent les femmes dans ce contexte-là ?


Dans la société traditionnelle gabonaise, les femmes s’occupaient des travaux champêtres, tandis que les hommes chassaient. L’agriculture vivrière de subsistance pratiquée par la femme et le gibier rapporté par le mari assuraient à la famille de quoi se nourrir et vivre décemment. Ce modèle aux rapports de forces équilibrés a évolué avec l’introduction de l’économie monétaire et l’accès des femmes à des emplois salariés. Leur contribution à la production vivrière reste importante, à hauteur de 60%.

D’après l’indice de la Banque Mondiale sur les femmes, l’entreprise et le droit, le Gabon a de bons scores en termes d’accès à l’emploi et à une pension retraite pour les femmes. Cependant, le taux de chômage sévit deux fois plus chez les femmes (22%) que chez les hommes (13%), elles sont moins bien payées que leurs collègues masculins et accèdent moins à des postes de responsabilité. En conséquence, elles sont moins présentes sur le marché du travail, avec un taux d’activité évalué à 34,5% contre 50% pour les hommes. Elles sont également plus exposées aux emplois précaires (39,1%) que les hommes (27,7%).

Les femmes représentent également 21% seulement des créateurs d’entreprise. Des programmes d’appui direct à l’Entreprenariat Féminin ont été mis en place, mais sont insuffisants.

Des efforts ont également été faits en matière de réforme juridique, notamment en ce qui concerne l’accès à la propriété foncière. Désormais, une femme peut hériter de parcelles de terrain, mais cette décision revient à la famille, et la femme est souvent ignorante des procédures et des sources d’informations à sa disposition. Au final, seules 20% de femmes sont propriétaires de terres, dont 11% en copropriété avec leurs conjoints ou autre parent.


Les violences envers les femmes sont un sujet consensuel dont les pouvoirs publics et la société civile sont saisis. La Fondation Sylvia Bongo (du nom de la première dame) en a fait son cheval de bataille et mène des actions de sensibilisation des femmes sur le droit, notamment avec Octobre Rose qui occupe chaque année les premières pages des journaux nationaux.

Le Président Ali Bongo avait formulé l’exigence d’avoir un minimum de 30% de femmes au niveau gouvernemental. Si la Cour Constitutionnelle et le Sénat sont dirigées par des femmes, aujourd’hui cependant, on compte 6 femmes sur 29 ministres (dont 3 à des postes de ministres délégués et aucune au rang de ministre d’Etat). Le pourcentage est de 16,64% au niveau du Sénat et de 15% à l’Assemblée Nationale (2019).

Les mouvements associatifs féminins tendent à se former, notamment dans les villages où des groupes de femmes informels s’organisent autour de la collecte des PFNL (produits forestiers non ligneux), au vu de l’éloignement des parcelles de terre louées.

Un autre problème majeur concerne le harcèlement. Le harcèlement sexuel en milieu professionnel est puni par la loi depuis 2016. Elle définit le harcèlement comme « tout comportement répétitif ayant pour effet de porter atteinte à la dignité d’une personne et de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant ou humiliant en milieu professionnel ». Mais la difficulté à obtenir des preuves juridiques empêche la pénalisation de ces actes, qui concernent tous les secteurs de la société, notamment politique.


Dans les années post indépendance, l’éducation a connu une évolution remarquable au Gabon, même si 5% seulement du budget national est alloué à l’éducation (contre 20% pour la norme internationale). Une des conséquences de la faible dotation budgétaire est la mauvaise qualité des infrastructures et le manque d’effectif qualifié.

Le harcèlement scolaire (moral et sexuel) est un problème majeur dans l’éducation des jeunes filles : il entraîne entre autres des grossesses précoces, l’acceptation d’emplois précaires pour répondre aux charges familiales et un taux d’échec scolaire relativement élevé. Il existe un phénomène de chantage sexuel de la part des enseignants en échange de meilleures notes. Ce phénomène a le nom de « Moyennes Sexuellement Transmissibles ». Et il va dans les deux sens : certains professeurs se sont vus proposés des relations sexuelles pour remonter des moyennes.

Au niveau de la cellule familiale également, il y a une absence quasi-totale d’éducation sexuelle ainsi qu’une banalisation de la sexualité des jeunes filles.  


Le Gabon accorde beaucoup d’importance à ses valeurs traditionnelles, et cherche à mettre en avant son patrimoine culturel pour développer le tourisme. Des politiques de développement culturel ont donc été mises en place pour se concentrer sur la culture matérielle visible (folklore, musique, cinéma, cuisine, artisanat) qui pourra être vendue. Un exemple est le bwiti, rite initiatique qui a progressivement été institutionnalisé comme objet patrimonial et marqueur identitaire.

Seulement, pour les femmes, le marché local est réduit et possède beaucoup de barrières à l’entrée : il est coûteux de commencer à vivre de son art, les structures de production sont insuffisantes. Il n’y a par exemple pas de fonds de soutien aux initiatives artistiques et culturelles. On peut toutefois citer plusieurs autrices gabonaises qui connaissent ou ont connu un franc succès national, comme Charline Effah ou Angèle Christiane Ntyugwetondo Rawiri.


Les violences domestiques sont une problématique prégnante. Selon une étude de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, 50% de l’opinion publique considère qu’un mari a le droit de battre sa femme. On comprend mieux les 53% de femmes qui déclarent avoir été victimes de violences physiques depuis l’âge de 15 ans, et les 21% qui ont subi des violences sexuelles.

En 2012, 21,9% des filles avaient leur premier rapport sexuel non protégé avant 15 ans, et 68% avant 18 ans (étude démographique et de santé 2012 par le Fonds des Nations Unies pour la population). De cette réalité découle un nombre élevé de grossesses précoces et une banalisation de l’activité sexuelle des jeunes filles.

L’anthropologue Claudine Augée Angoué, dans un article intitulé « Les Veuves joyeuses et le diable civilisateur ; Note sur les ébranlements du pouvoir masculin à Mokéko », explique que la nouvelle liberté sexuelle dont jouissent les femmes découle de l’effondrement de la mainmise masculine sur leur corps. Elle analyse la contractualisation des rapports sexuels et explique que celle-ci permet aux femmes de reprendre le pouvoir sur leur propre corps et de prendre une part active à l’économie marchande, malgré cette apparente prostitution volontaire.


Aller plus loin

Statistiques

Grossesses précoces en milieu scolaire au Gabon, 2017
Gabon : Enquête Démographique et de Santé 2012, Rapport de Synthèse, 2012

Filmographie

Nadine Otsobogo, Dialemi, 2012
Samantha Biffot, L’Africain qui voulait voler, 2016

Bibliothèque

Ouvrage collectif dirigé par Charline Effah, Lyres de l’Ogooué, 2012
Angèle Rawiri, Fureurs et cris de femmes, 1989

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