Laure Sandra Kingbo, la femme derrière la Caisse des Dépôts gabonaise

Pendant 7 ans, Laure Sandra Kingbo s’est investie dans la construction de la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon en tant que directrice adjointe. Lorsqu’elle a pris ce poste, l’institution n’existait que sur le papier. Aujourd’hui, la Caisse fonctionne parfaitement et elle est mondialement reconnue. Après avoir oeuvré pour le développement de son pays, Laure Sandra rêve désormais de travailler au-delà des frontières et de s’investir dans un organisme international pour répondre aux enjeux cruciaux auxquels le monde devra faire face prochainement.

Je suis née à Libreville en 1973. Mes deux parents sont séparés et j’ai grandis entre le Gabon et le France : j’ai fait ma 6e et 5e en France puis ma 4e à la seconde au Gabon avant de revenir pour ma première et ma terminale en France où j’ai passé mon baccalauréat. Depuis toujours, je voulais faire du droit. On m’avait toujours répété que je deviendrais avocate. C’est donc assez naturellement que je me suis orientée vers des études de droit à Rouen. Et pourtant, ce n’était pas facile, j’ai redoublé ma première année et j’ai presque décidé d’abandonner. J’ai finalement réussi à aller au bout de mon master et je me suis même lancée dans une thèse en vue de devenir enseignante en faculté. Thèse que j’ai finalement abandonnée pour commencer à travailler en entreprise.  

L’appel du pays

J’ai décidé de me diriger vers la banque et ça tombait plutôt bien, les juristes étaient très recherchés. J’ai eu une première expérience chez Effico, une agence de recouvrement sous-traitant des créances pour la BNP. Ça me plaisait bien, je me sentais bien dans le secteur bancaire. J’ai travaillé pour la Chambre de Commerce où j’ai accompagné des jeunes dans leur réinsertion professionnelle.

Un jour, je reçois un coup de fil. Le Gabon recherche des cadres pour construire de nouvelles institutions. Le pays a besoin de moi et on me propose de participer à la création de la Caisse des Dépôts et des Consignations. Je suis nommée directrice adjointe en charge de la stratégie aux côtés de Monsieur Ditona Moussavou, lui aussi ancien banquier. La Caisse des Dépôts et des Consignations n’existe alors que sur le papier et il faut tout mettre en place. C’était vraiment motivant car j’avais vraiment la sensation d’œuvrer pour mon pays. J’y ai travaillé pendant 7 ans. C’était difficile mais très enrichissant. Aujourd’hui, c’est l’une de mes plus grandes fiertés d’avoir monté cette institution qui fonctionne toujours et est mondialement reconnue.

Concilier son rôle de maman

Les journées étaient longues, de 7h30 à 20h parfois. Heureusement, j’avais quelqu’un à la maison pour m’épauler. C’est plus facile d’être une maman qui travaille au Gabon qu’en France. On peut plus facilement se permettre de faire appel à une aide à domicile. Pour autant, j’ai toujours fait en sorte de rentrer à temps pour discuter avec mes enfants et faire les devoirs. Ce n’était pas toujours un équilibre facile. Parfois je ramenais du boulot que je reprenais à partir de 21h jusqu’à 1h du matin. Mais bon, je ne pense être la seule maman à qui cela est arrivé !

Au travail, c’est une curieuse balance : il faut parler de ses enfants mais pas trop. Faire savoir que l’on est maman, sans que cela se retranscrive au travail. Lorsque l’on a un enfant malade, il vaut parfois mieux mentir. Ce n’est pas une excuse suffisante et ça le devient de moins en moins lorsqu’on gagne en responsabilités. Personnellement, j’ai toujours joué toujours franc jeu mais pour autant, je n’ai jamais pris une journée complète pour rester avec mon enfant. J’ai toujours préféré faire les navettes bureaux-domiciles, pour répondre à mes mails depuis chez moi ou je suis débrouillée pour avoir quelqu’un à la maison.

Je pense qu’on peut être femme, maman et avoir l’ambition de réussir dans sa carrière. C’est difficile, mais on peut tout concilier avec de l’organisation et du soutien. Rien n’est facile mais il faut s’accrocher. Souvenez-vous qu’il y a encore quelques années, il n’y avait pas de femmes en médecine. Désormais ce sont les plus nombreuses. Même chose pour la magistrature. Les choses évoluent !

Le leadership féminin

Dans le secteur financier, je pense qu’en tant que femme, il faut s’imposer sans pour autant chercher à devenir un homme. Je n’ai pas de recette magique mais si j’en crois mon expérience personnelle, j’ai toujours pensé que les femmes doivent manager différemment des hommes. Je pense que l’on dispose d’une plus grande capacité d’empathie. Personnellement, j’ai toujours essayé de faire preuve d’empathie avec mes équipes et je suis convaincue que c’est plus efficace à long-terme que la dureté. Le couteau entre les dents, ce n’est pas toujours bon. Un autre point, c’est de ne pas hésiter à défendre ses collaborateurs. La confiance est importante. Quand vos employés ont confiance en vous, ils travaillent avec le cœur.

Dans un milieu masculin, on sera souvent testée. Il faut quand même savoir se montrer dure par moment. Il m’est arrivé que l’un des directeurs qui était sous ma responsabilité délègue directement auprès de mon directeur général alors qu’il devait d’abord passer par moi. Je l’ai convoqué dans mon bureau, on a discuté calmement « d’homme à homme » avec des preuves à l’appui. La collaboration a fini par être fluide sans que je n’aie à montrer mes muscles !

Concernant mon style vestimentaire, je n’ai jamais cherché l’extravagance. Je suis toujours restée très classique. De toute façon on n’a pas vraiment le choix dans le secteur bancaire, il faut rentrer dans le moule. Je porte mon tailleur, mes talons. On dit souvent que l’habit ne fait pas le moine, ce n’est pas vrai dans le secteur financier où on doit inspirer la confiance dès le premier abord pour être prise au sérieux. Il m’est arrivé d’essayer de me vieillir pour avoir l’air plus sérieuse.

En tout cas, si vous ne deviez retenir qu’un seul de mes conseils, c’est de vous sentir à l’aise dans votre façon de diriger !

Et pour le futur ?

Aujourd’hui, je suis associée chez Prestor, une agence spécialisée dans le bâtiment. On construit des briques auto-bloquantes qui permettent de construire de façon plus propre et moins onéreuse que le béton. J’ai été attirée par l’idée de promouvoir des constructions qui s’intègrent mieux dans l’environnement. J’essaie toujours de garder une préoccupation écologique dans ma vie professionnelle.

Mon futur défi est de rentrer dans un organisme international. Je suis revenue au Gabon pour participer au développement au Gabon et j’aimerais que la boucle continue en participant au développement du monde. Des organismes comme l’UNESCO ou la Francophonie me plairaient beaucoup. C’est vraiment mon rêve d’œuvrer au niveau international. Je suis prête à foncer, déménager, avec mes enfants sous le bras.

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