Marie Wilma Sickout Assele, l'art comme raison de vivre

Marie Wilma Sickout Assele est à la tête de la galerie Kay-Anne à Libreville. « De nationalité africaine, d’origine gabonaise », Marie Wilma promeut la diversité de l’art africain et donne un nouveau visage à la scène culturelle gabonaise. Après sept longues années de dépression, Marie Wilma a changé sa façon d’appréhender la vie, elle ambitionne désormais de faire évoluer les mentalités au sujet de la dépression en Afrique et de transmettre sa passion pour l’art en ouvrant une école.

L’autodidacte

Je suis de nationalité africaine d’origine gabonaise. J’ai grandi au Gabon mais je me sens chez moi partout en Afrique. Je n’ai pas un parcours scolaire très long : je n’ai pas le baccalauréat et pas de diplôme. Je suis une autodidacte. Quand j’étais jeune, je pensais devenir styliste. J’ai même fait pendant un an et demi une formation artistique à Paris, au Quai de Jemmapes. J’ai rapidement abandonné cette formation car je suis tombée enceinte de ma première fille à 19 ans et j’avais besoin de revenus. Je suis rentrée à Libreville où j’ai lancé mon petit commerce : de la vente de sabots importés de Dakar au porte à porte. Je garde aujourd’hui encore une grande affection pour les sabots et j’ai d’ailleurs dessiné une collection de sabots qui sortira prochainement.

C’est en allant au Sénégal pour acheter ces sabots que j’ai découvert l’art africain. Je vendais aussi des poupées sénégalaises, des ronds de serviettes, des pagnes tissés. En faisant la connaissance de plus en plus d’artistes, je me suis prise de passion pour l’art et j’ai commencé à faire de petites expositions. J’avais la chance d’avoir une cousine directrice générale du Méridien, c’est dans cet hôtel connu de la capitale que j’ai fait ma première grande exposition. Au fur et à mesure, je suis devenue une figure culturelle, ce qui m’a permis de générer de petits revenus jusqu’à être capable d’acquérir ma première boutique. J’avais 23 ans, je voyageais partout en Afrique pour dénicher les plus belles œuvres d’art. Ma boutique s’est agrandie et sa réputation s’est façonnée au fil du temps.

La dépression

Un jour, ma vie a basculé. J’avais signé un contrat avec l’Etat pour décorer un hôtel et alors que j’avais déjà utilisé beaucoup d’argent personnel pour ce projet, ils ont décidé de ne finalement pas honorer le contrat. Dans le même temps, j’ai divorcé. J’avais trois enfants à ma charge, ils ont aussi beaucoup pâti de ma dépression. Je pensais avoir tout perdu, j’étais ruinée en argent et en amour. J’ai sombré dans une grosse dépression qui s’est prolongée pendant 7 ans. La dépression est très taboue en Afrique et il m’a été difficile d’avoir du soutien. Je suis la cousine germaine du président de la République, mon père a été ministre, alors mon histoire est plutôt atypique. Pourquoi serais-je en dépression ? Nombreux sont ceux qui m’ont tourné le dos. Heureusement, des amis m’ont fait venir à Abidjan, c’est dans cette ville que j’ai repris goût à la vie, au travail. C’est là-bas que j’ai écrit mon livre Au nom de la vie. Mes enfants, l’art, mes rêves, mes dessins et le spirituel m’ont maintenue. Au fond de moi, je savais qu’avec ce que je savais faire, je ne pouvais pas sombrer.

Reprendre goût à la vie

Aujourd’hui, justice a été faite et l’Etat me rembourse une partie de mes dettes. J’ai pris le risque de réinvestir cet argent et de le faire au Gabon, par patriotisme. J’ai ré-ouvert la galerie Kay-Anne en septembre 2018. Il s’agit d’une des plus grandes galeries en Afrique. Toutes les œuvres que j’ai dans ma galerie m’émerveillent. Je suis très ancrée dans le panafricanisme, je veux faire connaître la diversité des artistes africains. Je ne choisis que les meilleurs : ceux qui créent, inventent, innovent. Ma galerie est un savant mélange entre créateurs confirmés et ceux qui méritent d’être accompagnés et exposés. Les vrais artistes sont spéciaux, on les reconnaît. Ils n’aiment pas l’injustice, ils sont révolutionnaires. J’étais heureuse de retrouver ma clientèle d’avant ma dépression, elle m’est restée fidèle. Il y a beaucoup de clientèle étrangère même si quelques gabonais commencent à prendre goût à l’art.

Il est difficile de réussir dans le monde culturel en Afrique. Et au Gabon plus particulièrement : on manque de soutien de la part de l’Etat et cela se retranscrit dans l’intérêt que porte les gabonais à l’art. Très peu de gabonais achètent de l’art africain. C’est de plus en plus le cas mais c’est plutôt de la mode, encore peu de décoration. En Afrique de l’Est, l’intérêt pour l’art africain n’est pas le même : on ne rentre pas dans une maison huppée sans y découvrir de l’art africain. Même chose dans les administrations, les aéroports, les bâtiments publics : on sait qu’on est en Afrique. Au Gabon, vous ne trouverez pas une seule pièce d’art africain à l’aéroport ou l’Assemblée. Je ne comprends pas vraiment ce manque de soutien lorsque l’on voit l’élan dont bénéficie l’art africain sur la scène culturelle internationale. Les choses évoluent : avant, les chasseurs de têtes venaient en Afrique pour nos footballeurs, aujourd’hui ils viennent pour nos artistes. Les européens sont les premiers à croire en l’art africain. Aujourd’hui, les grands créateurs contemporains s’inspirent de l’Afrique : ce n’est pas pour rien que Christian Dior est venu chercher Monsieur Pathe’O (cf. vidéo ci-dessous). Le pétrole de l’Afrique c’est sa culture. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana, le Sénégal l’ont bien compris. Il y a encore du chemin à faire au Gabon. Avant que nos talentueux artistes ne décident de partir.

J’adore mon pays, et c’est ce qui m’a poussé à investir ici. Mais mon ambition c’est d’ouvrir ailleurs, sans doute en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. J’ai aussi d’autres rêves que la vente d’art.  Je veux transmettre, j’aimerais créer une école. La dépression change votre vision de la vie et transmettre c’est ma priorité. J’espère aussi continuer à écrire.

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