Maroc – Éducation : On défriche

Posons le décor : le Maroc fait partie des 21 pays les moins avancés en termes d’éducation et d’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement en ce qui concerne l’éducation.

Rencontre avec Nora Khiyati, directrice relations entreprises de l’emlyon business school, en charge du réseau alumni Afrique. Elle s’investit dans des initiatives de développement pour l’éducation, et défriche pour nous les problématiques du secteur éducatif marocain.

Qu’en est-il des inégalités sociales ?

Si l’accès à l’éducation est le même pour toutes les classes sociales en théorie, mais la réalité réside plutôt dans « 1 pays – plusieurs systèmes », le clivage public-privé démultipliant les différents niveaux d’éducation auxquels un marocain peut prétendre selon son niveau de vie. 

En effet, un cercle vicieux s’est construit au Maroc, où les politiques gouvernementales peu fructueuses, des budgets étatiques utilisés avec peu d’efficacité, des professeurs peu formés et mal payés, vont pousser ceux qui ont les moyens à se tourner vers le système éducatif privé.
En effet, les écoles privées (souvent d’origine européenne ou anglo-saxonne) sont légion dans les classes moyennes supérieures car elles possèdent plus de fonds pour travailler un contenu de meilleure qualité.

Mais le privé n’est pas seulement réservé à l’élite : différentes offres s’adressent aux différentes classes sociales, et l’enjeu pour l’Etat est maintenant devenu de réglementer et réguler l’offre, que ce soit en termes de contenus, de programme, de conditions… afin d’éviter les abus (notamment au niveau du corps professoral qui dans certains cas n’est pas du tout habilité à former des jeunes enfants). 

Un autre aspect à prendre en compte réside dans la concurrence faite par les écoles à l’étranger. Deux conséquences : la fuite des cerveaux, et la préférence des entreprises marocaines envers ces diplômes étrangers : les marocains ayant étudié à l’étranger ou les expatriés se rendant au Maroc vont être favorisés en termes de salaires, de postes, d’opportunités… Un diplôme marocain devient donc moins légitime qu’un diplôme européen ou anglo-saxon, ce qui ferme la boucle du cercle vicieux mentionné précédemment.

Les femmes dans tout ça 

Bien que l’accès soit facilité et encouragé pour les filles, la réalité démontre que les conditions d’accès à la scolarisation sont souvent plus complexes. En effet, dans les milieux ruraux, il sera par exemple plus difficile de laisser des jeunes filles parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre à l’école, plutôt que des petits garçons.

Dans l’imaginaire collectif, le garçon demeure aussi un meilleur investissement futur pour la famille que la fille. À quoi bon investir dans l’éducation d’une fille alors que celle-ci est plutôt destinée à devenir femme au foyer ?

Pourtant des progrès ont été notés. En 2017, 52 % des admis marocains au baccalauréat étaient des filles. Elles ont aussi dominé le classement des meilleurs résultats, malgré tous les indicateurs qui démontrent un accès à l’éducation plus difficile pour les filles que pour les garçons.

Mais ces progrès sont très inégalement répartis : le milieu rural semble avoir été oublié. Selon l’UNICEF,
– Seules 16% des filles issues de milieu rural sont inscrites au secondaire
– ¾ des enfants qui ne vont pas à l’école sont des enfants issus du milieu rural et la majorité de ces enfants non scolarisés sont des petites filles.

Le décrochage féminin s’opère finalement plus tard, non pas dans le système éducatif mais plutôt à l’embauche. Le gap en termes de quotas, de salaires et de poste existe dès leurs premiers instants sur le marché du travail, et augmentent au fur et à mesure des années. L’accès au top management devient quasi-impossible, le plafond de verre étant bien en place et bien solide. 

Les femmes leaders marocaines 

Finalement, celles qui vont pouvoir grimper l’échelle professionnelle sont celles qui auront cumulé 3 ingrédients essentielles : l’accès au bon réseau au bon moment ; la volonté et la possibilité de se fixer des objectifs ambitieux ; et surtout la disposition à faire des sacrifices extrêmement importants. 

Cependant nous assistons ces derniers temps à une prise de conscience collective du rôle que la femme peut et doit jouer : essentielle au développement de toute société, il est absolument indispensable de rétablir son implication dans toutes les sphères de la société. 

Pour ce faire, nous devons créer de nouveaux schémas pour effacer ceux qui sont actuellement à l’oeuvre. Et c’est ce que font beaucoup d’initiatives qui cherchent à encourager les femmes et leur montrer la voie, mais elles manquent encore de modèle populaires nationaux auxquels se référer. 

Pour aller plus loin

Statistiques (UNESCO)

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