Mavis Nduchwa, de la vente de lettres d'amour à celle du miel

Saviez-vous que les abeilles permettent d’éloigner les éléphants des habitations ? C’est de ce constat dont est partie Mavis Nduchwa pour développer Kalahari Honey, une entreprise de production de miel provenant du désert botswanais, dans le pays à la plus grande densité d’éléphants au monde. Aujourd’hui, Kalahari Honey produit 12 tonnes de miel par mois et s’exporte jusqu’aux Etats-Unis. Depuis la petite ferme où elle a grandi, Mavis Nduchwa a construit un empire à la force de sa détermination, de sa créativité et de son esprit d’initiative.

Celle qui vendait des lettres d’amours

Je suis née et j’ai grandi dans une ferme en plein milieu des terres botswanaises. J’ai une très belle enfance. Je suis très curieuse, j’aime découvrir la nature et les animaux qui m’entourent. Je marche 12 kilomètres pour me rendre à l’école mais ça ne me décourage pas. Je suis bonne élève, j’adore lire et j’acquière rapidement un très bon niveau d’anglais. Ce n’est pas le cas pour tous mes camarades et en particulier les garçons qui rêveraient pourtant d’écrire de jolies lettres d’amour shakespeariennes à leurs dulcinées. C’est pour moi une aubaine : je rédige leurs lettres d’amour en anglais et je leur vends. Je mets en place différentes formules, de la lettre basique au grand poème très recherché.

A l’issue du lycée, je suis admise dans une université sud-africaine. Malheureusement, ma mère n’a pas les moyens de financer mes études. Je ne veux de toute façon pas qu’elle ait à le faire. Je décide de travailler et d’économiser pour payer mes études. Trois années plus tard, j’obtiens ma licence d’hôtellerie. Alors que je travaille dans un hôtel de la capitale, le directeur d’un camp de safari de luxe me repère. Il me propose de venir travailler dans le camp Mombo, situé dans le Delta d’Okavango. Il ne s’agit pas d’un camp comme les autres : pour obtenir une chambre, il faut s’y prendre deux ans à l’avance, on y dépense plus d’un dollar la minute et on y accueille des clients comme Neil Amstrong ou Oprah Winfrey. C’est pour ma part la première fois que je découvre un hôtel. Pendant une dizaine d’années, je travaille dans plusieurs camps et j’amasse des économies.

De la ferme aux Nations Unies

Avec le temps, je réalise que ce qui me tient vraiment à cœur c’est de travailler avec les communautés. J’aime changer la vie des gens. Malheureusement, j’ai des rêves mais peu d’argent. Comme à mon habitude, je travaille, j’économise. À chaque fois que je récolte suffisamment d’argent, je le réinvestis dans des projets communautaires et dans le développement de la ferme que j’entretiens avec ma mère.

Un jour, l’une de mes amies me rend visite à la ferme. Elle est impressionnée par ce qu’elle y découvre et me conseille de candidater pour un concours récompensant les entrepreneurs africains qui changent le monde. Je ne crois pas vraiment à ce genre de concours. J’attends la dernière minute pour m’inscrire et n’y pense plus. Trois mois plus tard, je reçois une lettre de félicitations de la part du CEO de la Fondation. Je suis nominée pour représenter mon pays lors du bootcamp en Algérie ! C’est incroyable pour moi qui n’a jamais voyagé en dehors du Botswana. Je suis sélectionnée parmi 20 autres entrepreneurs pour participer au concours mondial. Nous n’étions que deux femmes parmi ces entrepreneurs et j’ai la chance de bénéficier d’une grosse couverture médiatique.

Retour à la réalité, je reprends le travail à la ferme. Alors que je vérifie mes mails de façon hebdomadaire lorsque je me rends en ville, je reçois un mail des Nations Unies. Evidemment, je pense à un spam. Pourtant, je reçois trois appels avant de comprendre qu’il s’agit bel et bien des Nations Unies. Je suis conviée à New York pour représenter les jeunes entrepreneurs africains. Invraisemblable mais vrai. Lors de ce sommet, je découvre Fledge, un accélérateur américain. Je postule une première fois, je suis rejetée. Deuxième, troisième, quatrième fois, en vain. Je ne démords pas et je postule une cinquième fois. Ils finissent par m’appeler : « Vous avez un super projet mais nous n’avons jamais entendu parler de votre pays ». Bingo, c’est mon moment pour pitcher ! Je leur présente mon pays via Google Earth et leur prouve par A + B que je suis capable d’en dépasser les frontières. Ma détermination finit par les convaincre, je suis acceptée. Je m’envole pour Seattle où je suis un programme intense. J’apprends à raconter l’histoire autour de mon business, à convaincre des investisseurs et à accroître mes ventes. En partant, j’offre un pot de miel à l’un de mes amis. Celui-ci me rappelle quelques jours plus tard en m’affirmant que je tiens là une affaire.

Le miel du désert de Kalahari

Le miel représente un marché à plusieurs millions de dollars. Et il n’est pas facile de trouver du miel brut sur le marché. J’en fais mon créneau. Je réfléchis à un business model lorsque je fais une grande découverte : les éléphants n’aiment pas les abeilles. Ainsi, implanter des ruches autour des habitations permet de protéger les fermiers des dégâts causés par les éléphants. Mon idée est simple : je fournis les fermiers en ruches et abeilles, en échange de quoi ils produisent du miel que je leur achète. Ils reçoivent ainsi une nouvelle source de revenus, j’augmente ma capacité de production et cerise sur le gâteau, nous respectons l’écosystème.

Aujourd’hui, nous employons 300 femmes. Nous disposons d’une usine à Gaborone qui nous permet de mettre le miel en bocal. Nous avons aussi développé un nouveau produit qui remporte un franc succès : le vin de miel. Actuellement, nous exportons au Lesotho, en Namibie et en Zambie. Nous avons récemment ouvert une filiale aux Etats-Unis où nous commercialisons principalement du vin de miel. Au total, c’est 12 tonnes de miel qui sont produits tous les mois. Notre futur objectif est de s’implanter au Moyen-Orient, très friand de miel brut.

Réussir en tant qu’entrepreneure

Je cours beaucoup entre la ferme, mes productrices, Gaborone et mes deux enfants.

Pour gérer toutes mes tâches, j’ai toujours un carnet sur moi où j’écris tout. Chaque jour, je remets à jour ma to do list. J’essaie un maximum de déléguer à mon équipe. Dès que c’est possible, j’emmène mes garçons avec moi en déplacement. Sinon, je les laisse chez ma mère. Mes journées sont un peu folles mais je ne m’ennuie pas et j’y trouve un sens. Je voulais atteindre mon premier million à 30 ans puis prendre ma retraite. Finalement, il m’a fallu trois années supplémentaires pour atteindre ce million mais je reste pour autant toujours au boulot. Ce qui fait sens pour moi dans mon métier, c’est que je change des vies de nombreuses femmes et j’ai le pouvoir de faire connaître mon pays sur la scène internationale.

J’ai surmonté de nombreux échecs mais je n’ai jamais lâché l’affaire. La différence entre un entrepreneur qui réussit et celui qui échoue, c’est que celui qui réussit refuse l’échec. Il continue de frapper à toutes les portes, à essayer de nouvelles choses et à redoubler d’efforts. Il ne cesse de croire en lui. Et il sait aussi s’entourer de mentors, des personnes capables d’avoir un extra-sens et un regard extérieur sur son business. Je pense que c’est ce qui a contribué à mon succès.

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