Mozambique / Clap de fin

Nos études ne nous définissent pas ; on peut arriver à tout avec un peu de culot ; soyons curieuses dans le choix de nos emplois ; n’hésitons pas à descendre l’échelle pour mieux la remonter ; construisons des plans de carrière. Autant de conseils et beaucoup plus dans ce clap de fin mozambicain, après quatre rencontres exceptionnelles.

Et si vous n’avez pas encore lu le B.A.-BA, foncez pour avoir un meilleur aperçu du pays sous l’angle des femmes.

Les femmes que nous avons rencontrées

Sofia Dias Cassimo : Sofia est la présidente du département dédié aux femmes au sein de la Confédération des Associations Economiques du Mozambique, l’équivalent du MEDEF français. Et ce n’est pas son unique casquette ! Après près de 10 ans d’études de médecine, elle décide finalement de ne pas devenir praticienne. Elle se lance dans l’entrepreneuriat social et crée SamSara le premier cabinet mozambicain alliant conseil et investissement à impact social. Son futur objectif : développer un hub entrepreneurial à Maputo pour accompagner les start-ups de A à Z.

Daniela Santos : « Où vous voyez-vous dans 5 ans ? » : la question que personne n’aime s’entendre poser en entretien. Et pourtant Daniela nous jure qu’elle est essentielle dans le développement d’une carrière. Définir une stratégie est indispensable et pas seulement sur 5 mais 10 ans, mais comment faire ? Celle qui a fait plus de 11 ans en finance et dans le secteur bancaire est désormais Directrice Adjointe de Planification, Comptabilité et Gestion à la BCI, l’une des banques les plus importantes du Mozambique. Elle nous explique, pas à pas, comment construire un plan de carrière. Mais pas seulement : elle nous confie ne jamais avoir compris ce que ça voulait dire, le ‘leadership masculin’, nous parle de la difficulté de passer d’une équipe de 10 à 100 personnes, et partage sa stratégie de management, alternant entre autoritarisme et esprit démocratique.

Mody Maleiane : Dès l’âge de 17 ans, Mody commence à travailler pour subvenir aux besoins de sa fille. Dotée d’une fibre entrepreneuriale, Mody ouvre plusieurs salons de coiffure et une agence de mannequinat à Maputo. Avec la volonté d’émanciper les femmes, Mody créé ICEF, un cabinet de conseil et de micro-crédit dédié aux femmes entrepreneures au Mozambique. En seulement trois ans, 150 femmes ont déjà été financées. Mody Maleiane revient sur son parcours…

Neusa Marcelino : Maersk, Safmarine, CMA-CGM : les grands noms du transport maritime figurent tous sur le CV de Neusa Marcelino. Elle est aujourd’hui directrice de la région Mozambique de CMA-CGM, leader mondial en transport maritime. Pour grimper les échelons, il lui a fallu surmonter le fait d’être jeune et d’être une femme, montrer ce qu’elle pouvait apporter à l’industrie. Elle a fait des choix contre-intuitifs, prête à accepter des emplois moins prestigieux pour se former techniquement. Car sa stratégie est simple : son degré de compétences est son meilleur atout pour s’imposer dans le secteur.

Retours et réflexions sur le Mozambique

Des femmes aux postes de direction : tout un programme

Le Mozambique a une histoire complexe : après des décennies de guerre, beaucoup de mozambicains partis à l’étranger ont décidé de rentrer au pays pour participer à sa reconstruction. Cette ambition habite toutes les femmes que nous avons rencontrées : il est indispensable pour elles d’apporter leur pierre à l’édifice. Et la première étape pour avoir un impact sur leur propre pays a évidemment été de déceler les manques à gagner : Sofia Cassimo, par exemple, s’est lancée dans la fondation de Samsara pour compenser l’inexistence de fonds d’investissement finançant les entreprises sociales dans le pays. Mody Maleiane, quant à elle, s’est donné comme objectif de dynamiser l’entreprenariat féminin avec ICEF Microcrédit, pour offrir de nouvelles opportunités aux femmes du secteur informel, largement laissées pour compte.

Et la tâche n’est pas facile. Car ces femmes cumulent deux ‘faiblesses’ : elles sont femmes et elles sont jeunes. Neusa Marcelino décrit très justement cette problématique en évoquant ses débuts dans le secteur plutôt masculin du transport maritime : pour être prise au sérieux, elle a dû travailler son apparence, se donner des airs plus âgés, pour asseoir sa légitimité. Daniela Santos, après 11 ans dans le secteur bancaire et financier, explique que la meilleure façon de se faire respecter par ses pairs est d’être absolument irréprochable sur ses compétences et ses connaissances : il faut faire dix fois plus et dix fois mieux pour n’avoir rien à se reprocher.

Mais la tendance est à la présence croissante des femmes dans des métiers où elles étaient traditionnellement absentes, notamment grâce au travail d’hommes ayant pris conscience des avantages conséquents de plus de diversité dans les entreprises. Daniela a été poussée par ses deux mentors, qui lui ont appris tout ce qu’ils savaient, et à son tour tente d’aider les femmes à accéder à des postes plus importants. Comme le dit Mody Maleiane, « la réussite ne peut pas être uniquement personnelle : je veux que les autres femmes réussissent ».

Cela signifie également que les femmes ont une responsabilité à ne pas reculer devant les postes de direction et à trouver leur propre style de gestion. On a tendance à avoir une vision très fermée de ce qu’est une femme manager, et il est urgent de se défaire de ces carcans : une femme peut être directe, autoritaire, elle n’est pas obligée d’être empathique et compréhensive. Ces préjugés sont des chaînes qui empêchent les femmes managers de réaliser leurs pleins potentiels.

Du défi de construire une carrière cohérente

Beaucoup de conseils nous ont été dispensés tout au long de ces entretiens. Le premier : nos études ne nous définissent pas. Sofia Cassimo a bien fait des études de médecine, pourtant elle a bifurqué en économie et en finance. « Avec Internet, on est capable d’étudier à Cambridge sans jamais y mettre un pied ». Il suffit d’avoir une vision nette de ce qu’on est capable de faire et y aller au culot. Mody Maleiane, par exemple, est devenue une présentatrice radio en vogue par le seul fait de toquer à la porte d’une chaîne de radio et lui proposer un programme.

Une autre composante pour une carrière cohérente avec ses envies, c’est d’être curieuse dans le choix de ses emplois, et ne pas hésiter à en tester de nombreux pour découvrir ce qui nous anime. Mody avait commencé par ouvrir une chaîne de salons de coiffure, puis une agence de mannequinat, pour enchaîner dans l’événementiel, la radio et enfin lancer une banque de microcrédit.

Neusa nous apprend également qu’il ne faut pas hésiter à accepter des emplois moins côtés, s’ils permettent d’acquérir des connaissances indispensables pour la suite. Descendre l’échelle pour mieux la remonter est une stratégie payante, car notre valeur ajoutée réside dans notre degré de compétences.

La clé pour mettre les différents conseils énumérés en œuvre, c’est d’avoir un plan de carrière clair. Daniela Santos insiste sur l’importance de la construction d’un plan sur 10 ans pour son futur professionnel. Il s’agit de définir ce qu’on veut apprendre, quelle position on veut avoir dans 10 ans, puis établir des étapes-clés à atteindre pour se rapprocher de son but. Si cela a l’air plutôt complexe à mettre en place, c’est la condition sine qua non pour tendre vers une carrière dont on sera fière. 

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