Sofia Dias Cassimo, promouvoir l'entrepreneuriat social

Sofia Dias Cassimo est la présidente du département dédié aux femmes au sein de la Confédération des Associations Economiques du Mozambique, l’équivalent du MEDEF français. Et ce n’est pas son unique casquette ! Après près de 10 ans d’études de médecine, elle décide finalement de ne pas devenir praticienne. Elle se lance dans l’entrepreneuriat social et crée SamSara le premier cabinet mozambicain alliant conseil et investissement à impact social. Son futur objectif : développer un hub entrepreneurial à Maputo pour accompagner les start-ups de A à Z.

L’influence familiale

Lors de l’ère communiste au Mozambique, mes parents sont envoyés en Russie pour étudier. C’est là-bas qu’ils se rencontrent et que je suis née. Avec ma mère, nous rentrons au Mozambique où elle commence à travailler. Je grandis très entourée de mes grands-mères. L’une d’entre elles est médecin et elle travaille dans l’hôpital qui se trouve en face à mon école. Dans mon école, beaucoup d’enfants sont des enfants de médecins. Je suis donc plongée dans cet environnement depuis petite. Tout ce que je sais, c’est que je veux travailler au contact des autres et participer à des changements positifs. Je suis bonne élève et au lycée, je peux choisir n’importe quelle filière. Je suis attirée par la biologie, l’environnement et la chimie et c’est donc assez naturellement que je choisis la filière scientifique dans laquelle je m’en sors plutôt bien. Le lycée achevé, je dois désormais faire le choix de mes études supérieures et je suis très perdue. Ma mère est convaincue que je suis destinée à devenir médecin et elle m’encourage à entreprendre cette voie. Effectivement, ça correspondait à mon envie d’aider des gens donc pourquoi pas ? Avec l’influence de ma famille, je commence donc mes études à la faculté de médecine de Maputo.

À l’issue de ma troisième année, j’obtiens une bourse scolaire pour partir étudier au Portugal. J’ai déjà la sensation que le métier de médecin n’est pas vraiment fait pour moi mais je me dis que cela peut évoluer au Portugal. À mon arrivée au Portugal, on m’annonce il n’existe pas d’équivalence et que je dois reprendre mes études à zéro. Je me pose des questions mais je ne veux pas décevoir ma famille et je reprends mes études.

Trouver sa vocation

Je poursuis mes études et j’arrive en dernière année. Mes idées sont désormais bien claires : je ne veux pas être praticienne. Lors de cette dernière année, j’ai la possibilité de suivre quelques cours dans une autre université et je fais le choix de suivre des cours d’économie et de d’aide au développement. C’est un déclic, je réalise que je peux mêler ces connaissances pour m’investir dans le développement du système de santé mozambicain.

Je rentre au Mozambique où j’ai l’opportunité de travailler dans l’ONG Global Initiative NTD pendant 5 ans. Nous aidons à prendre en charge des maladies tropicales souvent négligées en travaillant de pair avec le gouvernement et des agences internationales. Cette première expérience me conforte vraiment dans mon envie de travailler dans l’aide au développement.

Développer l’entrepreneuriat mozambicain

En 2013, je crée ma première entreprise : Sublime, un nouveau service de traiteur promouvant la cuisine mozambicaine. J’y donne une touche sociale en employant uniquement des femmes analphabètes et en leur permettant de suivre des cours du soir. À l’issue de leur cycle d’enseignement secondaire, nous les aidons à payer leurs études supérieures si elles souhaitent poursuivre.

En créant cette entreprise sociale, je prends conscience qu’il n’existe aucun cabinet de conseil ou fond d’investissement mozambicains dédiés à ce type d’entreprise. C’est ainsi que je décide en 2014 de créer SamSara dont l’objectif est de créer un impact social et économique en se concentrant sur l’accompagnement et l’investissement dans des startups en accord avec le développement durable, l’égalité des genres, la réduction de la pauvreté et le développement du système de santé. Il s’agit de la toute première entreprise mozambicaine d’impact investing.

FEMME est représenté par la Confédération des Associations Economiques (CTA). Pour les lecteurs français, la CTA est l’équivalent du MEDEF en France. Toutes les lois relatives à l’économie fixées par le gouvernement doivent être consultées par la Confédération, elle joue donc un rôle considérable dans le développement économique du pays. À mon arrivée au sein de la confédération, c’était clairement un club d’hommes. Heureusement, le président avait bien pris conscience de la nécessité d’avoir des femmes autour de la table de discussion. Un nouveau département consacré aux problématiques des femmes entrepreneures a donc été créé et j’en ai pris la présidence. Je pense que dans n’importe quelle structure, c’est important que cette volonté vienne aussi des hommes. Mais cette démarche ne suffit pas : il faut aussi que les femmes soient prêtes à prendre ces responsabilités et ne reculent pas lorsqu’on leur propose d’occuper cette place. C’est une responsabilité qu’on a toutes les unes envers les autres.

En 2017, je suis élue vice-présidente de FEMME, la Fédération Nationale des Femmes dans le Commerce. À travers cette fédération, nous accompagnons les femmes dans le développement de leur entreprise. L’objectif majeur est de faire en sorte qu’elles quittent le secteur informel à les aidant à enregistrer leur entreprise.

À terme, mon rêve est de créer un hub d’entrepreneuriat spécifiquement dédié aux femmes. Dans ce hub, on pourrait travailler, construire son réseau, bénéficier de conseils de professionnels, enregistrer sa société, etc. J’aimerais que ce hub devienne LE lieu pour mener à bien la totalité des démarches nécessaires à la création d’une entreprise.

Quelques conseils

Pour concilier mes différents rôles, j’évite de regarder tout ce que je dois faire, j’évite de regarder ce qu’on appelle la big picture. Je préfère plutôt sectionner mes heures : 20 heures pour SamSara, 6 heures pour CTA, 2 heures pour Sublime, etc. Ça me permet d’avoir des tâches bien définies et un temps pour tout. Et je dédie aussi des créneaux à ma famille ! Pendant longtemps, j’ai voulu tout faire seule, me prouver que j’étais une super woman capable de tout gérer. Je pense que c’est quelque chose que les femmes ont régulièrement tendance à faire. Avec le temps, j’ai compris qu’il faut apprendre à demander de l’aide et à déléguer. Depuis quelques années, j’ai une assistante personnelle qui s’occupent de toutes mes petites tâches annexes au quotidien. Elle est mon arme secrète ! Je me suis entourée de personnes dynamiques, qui aiment être mises au défi et qui sont réactives. Ça me change la vie, ça me permet de me consacrer aux tâches les plus importantes et d’être plus productive.

La nouvelle génération a quelque chose que ma génération n’a pas : elle ose prendre des risques. Ils sont têtes brulées et c’est une bonne chose. La collaboration est le mot clé pour le futur. Nous devons travailler ensemble, quelque-soit le diplôme, quelque-soit son secteur d’activité.

Et comme vous le prouve mon exemple, n’oubliez pas que vos études ne vous définissent pas. Avec Internet, on est capable d’étudier à Cambridge sans jamais y mettre un pied. Il suffit de croire en vous, de croire en vos rêves, faire preuve de curiosité et acquérir les connaissances dont vous avez besoin.

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