Suzanne Wissa Wassef, faiseuse d’artistes

Rencontre aujourd’hui avec Suzanne Wissa Wassef. Elle dirige depuis plus de 40 ans le centre d’art Ramses Wissa Wassef, du nom de son père qui l’a créé en 1952.

Le centre Wissa Wassef, une philosophie de l’artisanat

Ce centre d’artisanat et de tapisserie a en effet vu le jour dans les années 50, quand l’architecte de renom Ramses Wissa Wassef décida de s’installer dans un village dans la banlieue du Caire pour débuter une expérience de créativité. Ramses souhaitait prouver que tout le monde pouvait être artiste, et que pour cela il fallait encourager les enfants en leur apprenant un artisanat pour dévoiler leur force créative, et éviter que celle-ci ne se fâne.

L’idée de base était en effet de réunir quelques enfants de 10-12 ans et les former à l’artisanat et à l’art de la tapisserie, en leur mettant entre les mains des métiers, des fils colorés, et en leur laissant carte blanche. La philosophie derrière : laisser les enfants s’exprimer à travers les fils sur leur trame, pour que leur vie de tous les jours, leurs émotions, transparaissent. 3 règles à respecter : ne pas critiquer les œuvres, ne pas fournir de modèle, et employer la technique dès les premiers essais. Et c’est véritablement un combo gagnant puisqu’au fil des années vont émerger des œuvres sophistiquées, à partir d’une trame en coton égyptien, de laine brute et de plantes du jardin.

Une mission personnelle : faire naître des artistes.

Cette pédagogie a la singularité de ne pas utiliser l’artisanat comme activité économique, mais véritablement s’intéresser à sa caractéristique artistique, pour sortir les enfants de leur condition : en se trouvant devant une trame, à devoir se débattre contre un fil et un cadre, les enfants gagnent en confiance, se sentent rapidement fiers de leurs résultats.

La première génération aura débuté en 1952 : plus de 10 artistes en ressortirons, et plus de 100 œuvres seront produites. Certaines sont désormais affichées dans des galeries à travers le monde, d’autres sont exposées au British National Museum ou au Quai Branly comme représentants de l’art de la tapisserie égyptienne moderne.

Suzanne mènera la deuxième génération à partir des années 70 : elle nous raconte avoir dû trouver une juste distance dans l’accompagnement de ses artistes, pour éviter de s’investir trop passionnément dans son rôle de conseil, au risque de vouloir se prouver à travers ses élèves.

C’est dans cette perspective que Suzanne est devenue potière et a exercé ce métier pendant 30 ans. Là aussi l’expérimentation est de mise : elle travaille avec du grès artisanal de sa région, à partir des recherches débutées par son père sur la texture, les couleurs, les formes. Tout cela avec un four construit sur mesure au centre, capable de monter à des températures de 1300°.

Wissa Wassef, un projet qui essaime

Quand on évoque la transmission dans le travail qu’elle accomplit, Suzanne explique, terre à terre, que le centre en lui-même ne va pas évoluer. Pour elle, la société a changé, et avec elle l’envie des jeunes d’apprendre, qui vont préférer des solutions de facilité et l’argent rapidement gagné. Elle ne trouve plus chez eux la curiosité face à la créativité qui avait motivé la création du centre.

La perpétuation de l’héritage de son père visionnaire a déjà finalement été assurée : beaucoup d’étrangers du monde entier sont passés par le centre, ont découvert la nouvelle pédagogie appliquée là et sont repartis l’adapter dans leurs pays. C’est ainsi qu’on retrouve des centres du même type en Suède par exemple.  

Une leçon de vie en communauté

Quitter le centre d’art Wissa Wassef nous laissera nostalgiques : nous nous étions retrouvées, le temps de quelques heures, dans un microcosme, où des personnes issues de familles paysannes ont reçu le temps et l’affection nécessaire pour grandir et exprimer leur facette créative, et finalement devenir des artistes à part entière, reconnus internationalement.

Suzanne aura su faire fleurir un projet de vie imaginé par son père et lui donner une essence poétique, et ce d’autant plus dans un environnement qui devient sourd à ce genre d’initiatives. Chapeau bas.

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