Tamara Dawit, la pop-culture éducative




Tamara Dawit est pleine de surprises. D’origine éthiopienne, canadienne, érythréenne et ukrainienne, elle a très tôt senti le pouvoir que pouvait avoir l’art, et surtout la pop-culture, dans la diffusion de problématiques de développement international. D’abord à travers son ONG 411 Initiative for Change qui propose aux organisations humanitaires du contenu adapté à un public jeune. Puis avec Gobez, sa propre maison de production, qui cherche à mettre en avant la scène artistique éthiopienne et à travers laquelle elle réalise des documentaires portant sur la génération oubliée des années 80 en Ethiopie.

Ethiopienne, canadienne, érythréenne, ukrainienne : le pouvoir d’une origine multiple

Tamara a grandi au Canada, mais elle jouit d’un passé bien plus cosmopolite. Son grand-père paternel, d’origine éthiopienne, érythréenne et syrienne, était en effet le premier ambassadeur éthiopien au Canada.

Ses études l’ont amenée dans l’industrie musicale : elle étudie le management artistique dans une université privée, et débute sa carrière dans une agence de booking à Toronto, où elle organise des tournées pour des artistes émergents. Après un an dans ce secteur, en 2001, elle a l’idée d’organiser un événement de levée de fonds pour l’Ethiopie. Elle se rend donc aux bureaux de Save The Children pour pitcher son idée au CEO. Retournement de situation : plutôt que de participer à cet événement, ils préfèrent lui proposer un emploi chez eux.

Tamara se retrouve donc catapultée dans le développement international, où elle travaille à la recherche de justice sociale à travers les arts, qui sont pour elles une plateforme unique pour faire entendre les voix des jeunes. Car en effet, les jeunes sont sa priorité : dès son lycée à Ottawa, elle s’engage contre la discrimination dont souffre les personnes de couleur. Etant la seule enfant noire du lycée, elle était la cible d’attaques et critiques de la part de ses camarades. Plutôt que de se renfermer sur elle-même, elle a poussé le lycée à engager une politique d’éducation inclusive. C’est ainsi que fut célébré pour la première fois le Black History Month, qui fut plus tard étendu à une dizaine d’écoles. Le plus important pour Tamara était que ce soient des jeunes qui parlent aux jeunes à travers les arts qu’ils connaissent : des artistes hip-hop, des poètes, des taggueurs…

Une ligne directrice : l’art au service des jeunes

Et ce fil rouge là qu’elle va suivre tout au long de sa carrière : intéresser les jeunes à des problématiques complexes à travers l’art et la culture. En Occident, il s’agit d’éduquer les jeunes à ce qu’il se passe internationalement. Dans les pays africains où elle travaillera plus tard (notamment au Soudan du Sud), il s’agit plutôt d’offrir des plateformes aux jeunes pour qu’ils puissent s’exprimer librement (par des programmes radios, des contenus journalistiques, des clubs…).

C’est également dans cette optique qu’elle lance en 2004 l’ONG 411 Initiative for Change. Cet organisme se donne comme mission de favoriser le dialogue entre les jeunes et des organisations humanitaires : des ONG comme Amnesty International font appel à 411 pour donner une forme compréhensible à leur contenu sur les droits de l’homme. En utilisant la musique, la poésie, le théâtre, l’équipe de Tamara utilise l’art pour toucher les jeunes.  

De l’ONG à la maison de production : même combat

En 2009, Tamara fonde sa propre maison de production et se lance sur le terrain de la création de contenu sur les droits de l’homme, mais à destination des adultes cette fois-ci. L’un des premiers projets qui verra le jour sera une émission télé pour MTV Canada mettant en lumière les histoires de jeunes filles dans des zones post-conflit.  

Un autre projet important sera aussi un documentaire sur ses deux grands-mères et leurs histoires respectives. Sujet important parce qu’il l’amène à reconnecter avec ses racines éthiopiennes, et à porter un regard critique sur la terrible période qui a accablé l’Ethiopie dans les années 80. Le régime Derg, sa famille n’en parle pas et en est traumatisée : c’est le cas de toute une génération d’éthiopiens exilés.

Le potentiel de la scène artistique éthiopienne 

C’est une période bouillonnante pour l’industrie artistique en Ethiopie : on assiste à l’émergence de talents qui mixent avec brio des formes d’art traditionnel à de la pop-culture plus occidentale. Cependant un manque se fait sentir dans le nombre de maisons de production pour travailler sur les projets artistiques proposés. Tamara tente d’apporter sa pierre à l’édifice en formant des jeunes : elle investit pour que le secteur grandisse et prennent des formes plus évoluées. Pour elle, le mentorat est un devoir.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s