Thabiso Mahlape, donner une voix aux écrivains noirs

La littérature sud-africaine prend un nouveau tournant avec Thabiso Mahlape, la première femme noire à la tête d’une maison d’édition en Afrique du Sud. Incubée par Jacana Media, Thabiso a lancé BlackBirds Books, une maison d’édition pour les écrivains noirs contemporains. De stagiaire à directrice d’édition, Thabiso nous raconte son ascension dans le monde très concurrentiel et discriminatoire de l’édition.


Je suis née et j’ai grandi dans le nord de Johannesburg. J’étais plutôt bonne élève et j’ai été sélectionnée pour suivre un programme scientifique visant à augmenter la représentation des femmes noires dans les sciences. À l’époque, je rêvais plutôt de devenir journaliste mais je n’ai pas voulu laissé filer cette opportunité. J’aurais pourtant dû : pendant quatre ans, je me suis échinée à trouver un intérêt à ce que j’apprenais et j’ai échoué. J’ai pris mon courage à deux mains pour me confronter à mon père et lui annoncer que je souhaité changer de voie. J’ai voulu m’inscrire en licence de journalisme à l’Université de Pretoria mais toutes les places étaient pourvues. Mon conseiller d’orientation m’a aiguillé vers une licence en sciences de l’information où j’ai choisi une spécialisation en édition. J’ai toujours adoré lire mais je me suis retrouvée dans le secteur complètement par hasard.

La concurrence est rude dans le secteur de l’édition et j’ai passé deux ans sans emploi avant de décrocher un stage chez Jacana Media, une grosse maison d’édition sud-africaine. Suite à quoi, j’ai été embauchée. J’aimais vraiment ce que je faisais, j’avais enfin la sensation d’avoir trouvé ma voie. Pourtant, ce n’était pas facile : l’édition en Afrique du Sud c’est l’apanage des blancs. J’étais la seule personne noire au sein de la maison. Et cela se retranscrit nécessairement dans le choix des livres que la maison publie. C’est assez naturel de choisir des livres dans lesquels on s’identifie. Les quelques écrivains noirs qui étaient publiés étaient majoritairement des célébrités, des personnes qui jouissaient déjà d’une certaine notoriété. Moi, je voulais faire connaître les écrivains noirs qui restent dans l’ombre alors qu’ils gagnent à être connus.

En 2015, j’ai convaincu Jacana Media de créer une filiale promouvant ces écrivains : c’est ainsi que Blackbird Books est né. J’ai mis du temps à définir la direction que je souhaitais donner à cette maison. Désormais, la lignée est claire : j’avais d’abord fait le choix de me concentrer sur les écrivains noirs sud-africains mais depuis deux ans nous avons élargi nos publications à d’autres auteurs africains. Cela nous permet d’avoir une audience plus importante et aussi de promouvoir la diversité des écritures africaines. D’autre part, nous avons pris le parti de publier majoritairement de jeunes écrivains car nous jugeons que la littérature africaine ne représente pas suffisamment la jeunesse dans son ensemble. En clair, notre objectif est de redonner sa place à l’interprétation de l’Afrique moderne que se font les jeunes écrivains noirs. Mon nouveau défi désormais est de faire en sorte que les librairies et autres canaux de distribution promeuvent les écrivains noirs au même niveau que d’autres écrivains.

Ce que je retiens de ce parcours c’est qu’il faut être passionné par ce que l’on fait. J’ai mis du temps à trouver ma voie, à comprendre ce qui m’animait. Aujourd’hui, je suis convaincue d’avoir trouvé ma place. Les talents que je déniche me confortent tous les jours dans ce que je fais. Je suis fière de détenir le pouvoir de faire découvrir des esprits intelligents aux identités singulières, de diversifier les voix dans la littérature. J’ai deux conseils : assurez-vous de trouver votre place et travaillez ! Cette « ère Instagram » où notre gratification doit être immédiate ne reflète pas la réalité, vous n’irez nulle part sans cravacher.

Quelques livres Blackbird Books

Mcintosh Polela, My Father My Monster (2011)
Redi Tlhabi, Endings & Beginnings (2012)
Malaika wa Azania, Memoirs of a Born Free: Reflections on the Rainbow Nation (2014)
Rémy Ngamije, The Eternal Audience (2019)
Makanaka Mavengere-Munsaka, Perfect Imperfections (2019)

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