Vanessa Moungar, accélérer la transformation de l’Afrique

Tout au long de son parcours, Vanessa Moungar s’est donné une mission : œuvrer pour plus d’égalité dans le monde.  Pour réaliser son objectif, elle a procédé de façon très méthodique. Dans un premier temps, collecter les diplômes : elle a été major de promo au Paris Business College puis à Harvard. Dans un second temps, s’assoir aux tables où se prennent les grandes décisions. Son choix s’est ainsi porté sur des plateformes internationales : le World Economic Forum puis la Banque africaine de développement, où elle occupe actuellement le poste de Directrice Genre, Femmes et Société Civile.

Au-delà du monde du développement, elle participe à une réflexion conjointe au sein de conseils de haut niveau sur les questions liées au continent africain et à la place des femmes dans les sociétés : elle est membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique mis en place par Emmanuel Macron, et du Conseil G7 pour l’égalité femmes-hommes. Bref, autant de rôles que de casquettes qu’elle prend le soin de décrypter pour nous.

Comment contribuer à plus de justice sociale dans le monde ?

J’ai grandi entre la France et le Tchad, avec pour plus grande richesse cette double culture. Le Tchad, pays d’Afrique centrale, l’un des moins « développés » sur terre d’après l’indice de développement humain, et la France, pays relativement riche et développé. A un jeune âge, c’était donc très frappant d’appartenir à ces deux mondes aux deux extrémités du spectre. Je crois que cela m’a permis d’avoir l’esprit ouvert, d’avoir conscience que beaucoup de choses étaient une chance : j’ai été responsabilisée très jeune.

Dès le lycée, j’avais un objectif en tête : contribuer à plus de justice sociale dans le monde, et surtout contribuer à l’accélération de la transformation de l’Afrique. Je me demandais quel était le bon « job » pour ça, et comment réaliser ce rêve ? Il fallait être méthodique : en tant que jeune femme franco-tchadienne, si je voulais participer aux grandes décisions de demain, qu’est-ce qu’il me fallait ? Tout d’abord : des diplômes, des passeports qui me permettraient de m’assoir aux tables où les décisions sont prises.

Quand il a fallu choisir mes études, je me suis intéressée au business international, et j’ai choisi une école de commerce. L’idée était de postuler ensuite pour Harvard, le meilleur passeport international à mes yeux, la seule école connue partout. En effet, même ma grand-mère au Tchad, qui ne savait ni lire ni écrire, connaissait Harvard. J’ai donc choisi de démarrer au Paris Business College, du groupe INSEEC, pour son cursus bilingue et son ouverture sur les Etats-Unis. Pendant ces années, j’ai monté avec un ami une petite boîte de conseil, AV Consulting. On ne voyait pas l’intérêt d’attendre la fin de nos études pour essayer d’aider à notre échelle des personnes qui n’avaient pas le même accès que nous aux informations et aux outils nécessaires au développement d’une entreprise. On soutenait donc des jeunes entrepreneurs en Afrique et au Moyen Orient par des missions de conseil.

Harvard, le passeport idéal

A la sortie d’école, ma seule préoccupation était de trouver un emploi aux Etats-Unis, pour ensuite postuler à un master à Harvard. Après six entretiens, j’ai décroché un poste de Market Research Analyst chez Terrafina, une startup newyorkaise : au départ, l’entreprise vendait des bonbons pour ensuite se spécialiser dans la vente de produits naturels et organiques. L’emploi en tant que tel importait peu, l’essentiel était qu’il me permettait de me nourrir et mettre un toit sur ma tête !

Ce fut une expérience incroyable : je devais rester trois mois, j’y ai finalement travaillé huit ans. J’ai appris tellement de choses qui me servent encore aujourd’hui. J’ai porté plein de casquettes différentes, de la vente (j’allais de supermarché en supermarché pour proposer nos produits) au management d’équipes, alors que l’entreprise passait de 0 à 20 millions de revenus annuels. 

C’était une belle aventure, qui a duré jusqu’au moment où j’ai senti qu’il était temps de passer à la prochaine étape : postuler à Harvard. J’ai décidé d’intégrer le programme d’Executive Education en cours du soir afin de pouvoir continuer à travailler la journée. Mes années à Harvard furent très riches en enseignements et en rencontres. Encore aujourd’hui, je garde des liens très fort avec cette institution.

Rapidement, j’ai commencé à réfléchir à l’après-Harvard. Je voulais absolument rentrer en Afrique. J’ai cherché conseil auprès de mentors et l’un de mes professeurs m’a conseillé de me renseigner sur le World Economic Forum, une plateforme internationale qui me permettrait d’être exposée à une variété de sujets tout en étant en contact avec des leaders internationaux. Un mois plus tard, un poste de chargé.e des relations public-privé pour les régions d’Afrique centrale et de l’ouest s’est ouvert : les étoiles s’alignaient. Le Forum est surtout connu pour Davos, mais il y a également beaucoup de projets de gestion de partenariats public-privé, ce qui m’a permis de me familiariser avec des sujets très variés – de l’éducation, à l’agriculture au secteur minier et pétrolier- d’en connaître les implications, les acteurs, et surtout de comprendre leur façon de réfléchir, d’agir. J’ai ainsi eu la chance de participer à des discussions entre chefs d’états et PDG de multinationales et d’être témoin de prises de décisions, c’était fascinant.

Après cinq ans au World Economic Forum, j’ai ressenti le besoin d’évoluer et de passer du côté de l’implémentation de ces décisions. La Banque africaine de développement est apparue comme une évidence, aussi bien pour sa mission que pour son caractère panafricain. Un poste de Directeur.rice pour le département Genre, Femmes et Société Civile venait de s’ouvrir, et m’a tout de suite parlé, alors j’ai jeté une bouteille à la mer : je n’avais pas le profil de la directrice typique de la Banque, mais ça ne coûtait rien d’essayer.

Du World Economic Forum à la Banque africaine de développement

J’ai eu la chance d’avoir le poste, mais ça a été toute une autre histoire quand j’ai démarré. Au-delà du challenge de la tâche, occuper un poste de directrice dans un milieu principalement masculin où séniorité va de pair avec âge m’a rapidement fait comprendre que je ne rentrais pas dans le moule. J’ai beaucoup travaillé sur moi-même pour ne rien prendre personnellement : il ne s’agissait pas de moi mais de ce que je représentais. J’allais prouver que j’étais là pour une raison.

Vanessa Moungar World of Women

J’ai donc essayé de porter le flambeau d’un management moins traditionnel, et de faire en sorte qu’il soit participatif au maximum : j’accepte les challenges, les idées nouvelles. Mettre tous nos cerveaux sur la résolution d’une question sera plus efficace à mon sens qu’une approche top-down. Une équipe, c’est avant tout une famille : on passe la majorité de notre temps ensemble, il faut qu’on s’entende pour que l’envie et la productivité soient au rendez-vous. En tant que managers, nous devons identifier les leviers et la flamme qui anime chacun et chacune pour les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Il y avait deux énormes chantiers à mon arrivée. Le premier : comment faire en sorte que les 8 milliards investis par la Banque chaque année prennent en compte les femmes de façon beaucoup plus stratégique, et ce quel que soit le type de projet ? Comment faire en sorte que les expert.e.s ‘genre’ soient intégré.e.s dans les équipes projets et aient toute leur place ? On y travaille depuis deux ans avec une pénétration de plus en plus forte.

Le deuxième grand projet était notre programme AFAWA pour l’accès au financement pour les femmes. Nous savons que les femmes sont l’épine dorsale de l’économie du continent : pouvoir leur donner un accès à plus d’autonomie économique pourrait avoir un impact colossal. La recherche le prouve : quand une femme gagne des revenus supplémentaires, 90% d’entre eux sont réinvestis dans la famille et la communauté, contre environ 35% pour les hommes. Les femmes, ce sont le meilleur investissement pour avoir un impact sur le développement. Concrètement, le programme AFAWA s’adresse aux femmes des secteurs aussi bien formel qu’informel, qui peuvent manquer de collatéral pour accéder aux financements : l’entité se porte garante et vient renforcer leurs capacités. En parallèle, la Banque mettra en place un dialogue politique avec les gouvernements et les autorités de régulation pour lever les barrières à l’entreprenariat féminin.  

Ajouter son grain de sel aux sphères de décision

Parallèlement, durant l’été 2017, on m’a proposé de participer au Conseil Présidentiel pour l’Afrique du Président Emmanuel Macron. J’étais un peu surprise, mais le but même de ce conseil allait dans le sens de mon parcours : créer une unité aux profils différents qui pourraient remonter les perceptions africaines sans être contraints par leur institution. L’idée était de contribuer à écrire une nouvelle page dans les relations entre la France et l’Afrique : pouvoir dire où est-ce qu’on attendait la France sur les questions africaines, et surtout où est-ce qu’on ne l’attendait pas. C’est une rare opportunité de pouvoir participer positivement à l’avenir de ces relations, défi qui me tient particulièrement à cœur. C’est aussi une expérience formidable, et une autre occasion d’avoir accès aux sphères de décisions et de pouvoir y ajouter son grain de sel.

Je suis également membre du conseil G7 pour l’égalité femmes-hommes, entité consultative chargée de participer à la progression des questions relatives à l’égalité des genres au niveau de l’agenda mondial. Nous avons eu des travaux passionnants courant 2019 sur l’aspect législatif et produit un rapport sur les meilleures pratiques législatives à travers le monde en termes de santé, travail ou encore d’autonomisation économique pour les filles et les femmes.

Verbaliser ses rêves : une première étape pour dessiner son parcours professionnel

La base de toute réflexion sur son parcours professionnel, c’est de prendre le temps de formuler ses rêves. Personne ne peut nous aider si nous ne sommes pas capables de verbaliser nos rêves. C’est la première étape. Mes objectifs ne se sont jamais dessinés en termes de poste ou d’entreprise, mais plutôt en termes de plateformes et sphères de décisions. Puis, il s’agit d’avoir les bons passeports pour réaliser ces objectifs : ce sont les diplômes.

Et enfin, deux choses indispensables : la valeur du travail (le réseau ne servira que s’il y a quelque chose à vendre) et un compas moral (il s’agit de décider de ce qui est bon ou mauvais, et de s’y tenir fermement : on ne pourra jamais regretter d’avoir suivi ses valeurs). Avec ça, le reste ne peut que bien se passer.

Au final, s’il y a une chose que je peux conseiller aux femmes, ou plutôt une pensée à partager, c’est de faire preuve de bienveillance envers elles-mêmes. Il est difficile de tout faire et tout avoir à la fois : on ne peut pas à la fois avoir de lourdes responsabilités au travail et être présente à 100% à la maison, auprès de sa famille, de ses ami.e.s… Pour vivre en harmonie avec soi-même, et non dans la culpabilité permanente, il faut accepter qu’il y ait parfois des sacrifices à faire, afin de pouvoir vivre en paix avec. Une fois cette culpabilité dépassée, on peut alors prendre conscience que nous sommes capables d’accomplir de grandes choses, et même souvent au-delà de ce qu’on pensait être en mesure de réaliser.

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