Maya Khalil, nager contre vents et marées

À seulement 16 ans, Maya Khalil s’impose comme l’un des plus grands espoirs de la natation palestinienne. Sextuple championne nationale, elle a décroché en janvier 2024 une médaille de bronze au 100 mètres lors du Championnat arabe à Doha. Un exploit d’autant plus remarquable dans le contexte palestinien, quelques mois après le début de la guerre. Son objectif ? Les Jeux olympiques de 2028.

Une vocation précoce

Je suis née aux Émirats arabes unis et j’ai grandi à Abou Dhabi jusqu’à mes huit ans, avant de m’installer à Ramallah en 2018. La natation a toujours fait partie de ma vie. Mon père m’a initiée à trois ans, et à six ans, j’étais déjà dans l’équipe de natation de mon école, participant à ma première compétition et remportant ma première médaille. Mon entraîneur à Abou Dhabi a vite repéré mon potentiel, soulignant à mes parents que j’avais un avenir dans ce sport. C’est à ce moment-là que j’ai su que je devais poursuivre cette voie. La suite appartient à l’histoire !

En arrivant en Palestine, j’étais ravie de découvrir une piscine. La natation n’est pas un sport très courant ici, surtout à un niveau professionnel. Je suis la seule athlète de mon groupe d’amis, et aucun d’entre eux ne connaît bien ce sport. Mon père, qui est un bon nageur, a été mon premier entraîneur. Cependant, le sport, en particulier à haut niveau, est moins développé en Palestine que dans d’autres pays, et reçoit peu d’attention.

Ceci étant, chaque année, la Fédération palestinienne de natation organise un championnat national à Bethléem pour repérer de nouveaux talents. C’est toujours une belle occasion de se retrouver. Depuis six ans, je suis championne nationale.

“Ma première nage en bassin olympique était lors d’une compétition”

L’équipe nationale palestinienne de natation est dispersée dans différentes villes, donc nous ne nous entraînons pas tous dans la même piscine. Il n’existe pas d’infrastructure dédiée à l’équipe nationale, et beaucoup de nageurs s’entraînent à l’étranger – à Dubaï, aux États-Unis, et ailleurs. Bien que nous formions une communauté dynamique, nous ne nous retrouvons qu’en compétition, ce qui est dommage.
Les infrastructures pour s’entraîner – piscines ou salles de sport – sont limitées. Il n’y a pas de piscine olympique en Palestine, et nous nous entraînons dans un bassin standard de 25 mètres. La première fois que j’ai nagé dans une piscine olympique, c’était en compétition, c’était un moment marquant pour moi.

J’ai un entraîneur qui me coache deux fois par semaine. Le reste du temps, je m’entraîne avec l’équipe nationale jordanienne, où j’ai aussi un coach. Financièrement, nous faisons face à de nombreuses difficultés. Les sponsors et financements sont rares ici, voire inexistant. Comme pour beaucoup d’autres sports en Palestine, les fédérations n’ont pas les moyens de soutenir les athlètes comme il le faudrait, ce qui rend difficile l’atteinte de notre plein potentiel. Avec la situation en Palestine, ces défis sont encore plus grands. Ce n’est pas évident, et je ne pense pas que d’autres athlètes internationaux pourraient s’entraîner dans de telles conditions. Notre force réside dans le soutien que nous nous apportons entre nageurs, ainsi que dans le soutien de nos familles et de la Fédération.

L’ambition olympique à ligne de mire

Je me spécialise dans la brasse et le crawl, sur des distances de sprint et de demi-fond. L’un de mes meilleurs souvenirs de compétition remonte à janvier 2024, à Doha, où j’ai participé à mon premier Championnat arabe. C’était incroyable de rencontrer autant de nageurs prêts à concourir. La piscine, construite pour les Championnats du monde et inaugurée une semaine plus tôt, était impressionnante – un bassin olympique flambant neuf de 50 mètres. J’ai décroché la médaille de bronze au 100 mètres, et j’en suis extrêmement fière !

À l’avenir, je veux continuer à concourir à l’international et représenter mon pays autant que possible. Mon objectif ultime est de participer aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles – ce serait mon plus grand accomplissement.

Je veux prouver à la nouvelle génération d’athlètes palestiniens que nous sommes capables d’atteindre nos rêves, peu importe les obstacles. Il n’est pas facile de s’engager dans le sport à un haut niveau en Palestine, mais avec de la détermination, tout est possible.Il faut être fier de ce que l’on accomplit, avoir foi en le processus et s’entourer d’un environnement bienveillant. C’est cela qui fait toute la différence.

Concilier sport et études

La natation prend une grande partie de mon temps. En hiver, je m’entraîne tous les jours pendant deux heures, avec trois séances de musculation par semaine. En été, c’est deux fois par jour, 14 entraînements par semaine. Cela peut sembler intense, mais j’adore ça. Concilier sport et études est un défi, surtout que je prépare actuellement le Baccalauréat International (IBDP). Mon emploi du temps scolaire n’est pas adapté à mon entraînement, donc je dois l’ajuster moi-même.

En dehors de la natation, je participe aussi au Modèle des Nations Unies, où j’ai pris part à quatre débats – j’adore l’art oratoire et la rhétorique. Je fais également partie du programme d’échange culturel musical Peace Tracks, où nous collaborons avec des musiciens du monde entier pour fusionner différentes cultures. Cette année, nous avons créé une chanson sur le thème d’un mariage palestinien, bien sûr accompagné de dabke !

Durant mon temps libre, j’aime aussi mixer en tant que DJ (je suis encore en apprentissage !), lire et passer du temps avec mes deux petites sœurs.

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