Najla Abdellatif, façonner l'avenir du zéro déchet dans la région MENA
Palestino-suédoise, Najla Abdellatif incarne la conviction que de petites actions peuvent déclencher de grands changements. De la documentation de son mode de vie zéro déchet sur un blog personnel à la création de Zero Waste Palestine, elle est devenue une voix majeure de l'éducation environnementale, encourageant les communautés à repenser leur rapport aux déchets – un engagement récemment reconnu par Forbes, qui l’a nommée dans sa liste "30 Under 30". Aujourd’hui, avec son nouveau projet, Lore, Najla va encore plus loin : elle valorise les artisans locaux en alliant tradition, durabilité et narration moderne pour faire connaître leur savoir-faire sur les marchés internationaux. Najla est une force inébranlable qui œuvre pour un avenir plus vert et plus juste, pas à pas.
L’étincelle de la durabilité
Je suis née d’une mère suédoise et d’un père palestinien. Bien que je sois née en Suède, j’ai passé la majeure partie de mon enfance à Jérusalem et en Jordanie. Cette double origine a profondément façonné ma vision du monde. Vivre entre deux cultures aussi contrastées que la Suède et la Palestine m’a offert une vision du monde plus large et une sensibilité accrue aux différences culturelles, nourrissant à la fois mon empathie et ma curiosité. Je me sens profondément liée à ces deux cultures, ce qui m’a permis de développer un ancrage unique et une compréhension nuancée de chacune d’elles. Cette double identité influence profondément mon engagement en faveur de la durabilité, en intégrant les pratiques suédoises tout en tenant compte des réalités palestiniennes.
À l’université, en Suède, j’ai étudié le commerce et l’économie, et c’est là que ma passion pour la durabilité a pris racine en m’engageant au sein d’une association étudiante dédiée à la promotion des pratiques commerciales responsables et durables. J’ai pris conscience du rôle fondamental que les entreprises peuvent jouer dans la transition écologique et c’est grâce à cet engagement que j’ai commencé à envisager sérieusement une carrière dédiée à l’action climatique et à la durabilité environnementale.
De retour en Palestine après mes études, j’ai été frappée par l’omniprésence des déchets. L’impact visuel était indéniable, mais ce n’est qu’avec le temps que j’ai pris la mesure du problème : une crise environnementale aux répercussions bien plus profondes qu’un simple enjeuil esthétique. Cette prise de conscience m’a naturellement conduite vers le mouvement zéro déchet. Parallèlement, ma passion pour la photographie s’est révélée être un outil puissant pour documenter, sensibiliser et donner une dimension créative à mon engagement.
Ainsi est né mon blog, un journal où je consignais mes efforts pour réduire mon empreinte écologique. Pendant six mois, il est resté un espace privé, un refuge où je partageais mes réflexions et mes images sans autre ambition que celle d’une démarche personnelle. Puis, un jour, j’ai décidé de le rendre public. L’engouement a été immédiat. Mon travail a suscité des échanges, attiré l’attention, et rapidement, des écoles m’ont sollicitée pour sensibiliser les élèves à cette approche. C’est alors que l’évidence s’est imposée : ce blog n’était qu’un point de départ. Il fallait aller plus loin, transformer cette initiative en une véritable plateforme d’éducation et de sensibilisation pour promouvoir un mode de vie durable.
Du blog à l’action avec Zero Waste Palestine
J’ai fini par me lancer pleinement, en développant du contenu sur les réseaux sociaux pour toucher un public plus large. Au départ, je menais ce projet en parallèle de mon travail, mais très vite, une évidence s’est imposée : pour donner à mon initiative, Zero Waste Palestine, toute l’ampleur qu’elle méritait, il fallait s’y consacrer entièrement. Quitter mon emploi a été une décision majeure, synonyme de ressources limitées et de renoncements à certaines sécurités - un défi d’autant plus grand que j’étais, à l’origine, plutôt timide et hésitante à me mettre en avant. Pourtant, plus j’y réfléchissais, plus je réalisais que c’était le seul moyen de générer un véritable impact
Zero Waste Palestine est ainsi passé d’un simple blog à une initiative à part entière, axée sur l’éducation pratique et la promotion d’un mode de vie durable. J’ai commencé à organiser des événements et des ateliers pour rassembler des personnes souhaitant apprendre les principes du zéro déchet.
Ce choix s’est avéré nécessaire pour consacrer le temps et l’énergie requis à cette cause. Malgré des ressources financières limitées, j’ai réussi à obtenir quelques financements pour différents projets et je n’ai cessé de travailler depuis. Je travaille souvent seule, avec parfois l’appui de stagiaires pour de courtes périodes. Les collaborations avec d’autres organisations de la région MENA ont été essentielles pour élargir la portée de Zero Waste Palestine.
Je ressens une forte responsabilité à représenter la Palestine sur la scène internationale. À une époque où les voix palestiniennes sont souvent réduites au silence, je sais que mon travail – et ma capacité à m’exprimer – est un privilège. C’est une responsabilité que je prends très au sérieux et qui guide chacune de mes actions.
L’un des projets dont je suis la plus fière est la Zero Waste Summer School, organisée en 2023. Nous avons réuni 25 jeunes adultes de toute la Palestine pour leur enseigner la durabilité et les principes du zéro déchet. La passion et l’engagement que j’ai vus chez ces jeunes ont renforcé ma conviction que le changement est possible. L’énergie de la jeunesse est incroyablement puissante, et il est essentiel de la canaliser pour bâtir un avenir durable.
En repensant à mon parcours, je me rends compte que j’ai souvent douté de moi. Mais j’ai appris que sortir de ma zone de confort a été l’élément le plus enrichissant de cette aventure. Faire confiance à mon instinct et me pousser à aller de l’avant, même quand j’avais peur, a été crucial pour ma progression.
Lore, une nouvelle plateforme alliant durabilité et artisanat
Je suis enthousiaste à l’idée de lancer Lore, une nouvelle plateforme qui vise à aider les artisans responsables du monde arabe à accéder aux marchés internationaux. Le mot Lore incarne l’essence de la transmission du savoir et de la culture à travers les générations. Au travers d’une agence de marketing, je souhaite raconter l’histoire des artisans et mettre en lumière leurs produits durables et recyclés. L’objectif est de leur offrir une plateforme leur permettant d’atteindre un public plus large, malgré la domination écrasante des grandes entreprises.